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 Les jeunes en Algérie

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MessageSujet: Les jeunes en Algérie   Mer 11 Aoû - 17:36

Les jeunes et les risques de rupture avec les institutions de l'Etat

par Oukaci Lounis
* Maître de conférences Université de Constantine *
Contribution in Le Quotidien d'Oran Août 2010
1ère partie

«Au 19ème siècle, il fallait être noble pour se présenter à une élection. Le jour du vote, le noble accompagnait ses électeurs jusqu'au chef-lieu du département pour qu'ils votent avec lui… La noblesse faisait l'élection. Aujourd'hui, nous constatons le contraire: l'élection fait la noblesse. Dès qu'il est élu, l'homme du peuple devient noble et intouchable, irremplaçable».

Les partis politiques algériens n'ont plus d'idéaux et valeurs. Ils ne portent plus que des pensées historiques. L'histoire devient la référence et non plus les idées. Il n'existe plus de partis de valeurs mais des partis de mémoire dans lesquels les jeunes ne se retrouvent pas parce qu'ils n'ont pas vécu cette histoire. Un autre frein à la participation des jeunes réside dans le discours politique vague et archaïque.

Le discours politique est devenu trop complexe, et flou pour les citoyens. Le manque d'écoute des jeunes au sein des partis politiques est aussi un frein à une véritable participation. Nous souhaitons exprimer une remarque : Nous nous ne croyons pas que la participation des jeunes soit motivée par une éventuelle récompense qu'ils pourraient en retirer. Ils ont avant tout besoin de s'activer autour d'une passion ou d'un projet donnant du sens à la société dans laquelle ils vivent ; une passion pouvant ensuite engendrer de l'emploi. Selon les sociologues, la jeunesse n'est pas qu'une question d'âge. Il s'agit d'une période de transition entre l'enfance et l'âge adulte. La jeunesse s'arrête quand les individus ont acquis leur autonomie d'un point de vue affectif, économique et d'opinion. Nous pouvons constater qu'il est de plus en plus difficile d'acquérir son autonomie en termes économiques.

De nombreux jeunes restent longtemps chez leurs parents et sont célibataires parce qu'ils n'ont pas d'emploi stable, pas de logement. De même, nous observons que les personnes ont leur premier enfant de plus en plus tard. Beaucoup de femmes diffèrent la procréation parce qu'elles n'ont pas de situation sûre. La jeunesse est donc une période qui a tendance à s'allonger. Il n'existe pas une jeunesse standard mais des jeunesses. La jeunesse est hétérogène, séparée en nombreux sous-groupes. Nous avons vu, ces dernière années, que des jeunes manifestaient contre le chômage, la mal vie, tandis que d'autres voulaient profiter de la situation pour exprimer leur mécontentement.

Les jeunes votent moins que leurs aînés et s'intéressent peu à la chose politique. Cette réalité n'est pas étonnante. N'ayant pas encore leur autonomie économique et affective, il est logique qu'ils n'aient pas, non plus, leur autonomie politique et d'opinion. Les jeunes semblent en attente, sans opinion très tranchée. Nous devons considérer la participation des jeunes dans le cadre du désenchantement général vis-à-vis de la politique. Parmi les causes de ce désenchantement se trouve le rare renouvellement des élites politiques.

Rappelons que, le staff gouvernemental est là depuis 11ans ! Un Ministre est au premier plan de la vie politique 16 ans ! Le constat est le même dans beaucoup d'institutions. Au temple du savoir, on trouve des recteurs et doyens dépassant dix années de gestion, chose invraisemblable. Il n'existe pas d'autre pays démocratique qui fonctionne de la sorte.

Généralement, à l'étranger, quand un leader politique conduit son parti à la défaite électorale, il se retire. En Algérie, il se passe le contraire. Plus on perd et plus on est apte à conduire la politique. Cette particularité Algérienne participe au désenchantement général. Par ailleurs, les querelles de personnes au sein des partis pour choisir leur candidat aux élections locales(APC/APW) ou nationales( APN/SENAT) donnent l'impression que les personnes sont plus importantes que les programmes. Il s'agit d'un autre facteur de désenchantement vis-à-vis de la politique.

Si les jeunes adhèrent moins aux partis politiques que leurs aînés, en revanche, ils s'engagent plus facilement dans des associations ou dans des mouvements qui ne sont pas directement politiques ou syndicaux. Ils adhèrent plus sur des valeurs que sur des hommes ou sur un passé politique. Peut-être serait-il nécessaire de parler de valeurs et de grandes idées plutôt que de politique politicienne pour attirer les jeunes vers la politique ?

Le vote des jeunes est un vote assez mobile et versatile. D'après l'enquête, jusqu'à 50% des jeunes décident de leur vote le jour même de l'élection, une tendance valant d'ailleurs pour l'ensemble des Algériens. Auparavant, les jeunes étaient très influencés par le cercle familial dans leurs orientations politiques. Aujourd'hui, cette influence est nettement atténuée. Les jeunes ne prennent plus en compte les opinions de leur famille dans leur vote, les jeunes puisent les idées ailleurs. Ils subissent donc une socialisation plus diverse que par le passé. Ils font plus d'études et sont confrontés à plus de médias. Ils sont donc moins enfermés dans la socialisation familiale. Nous voyons très bien, qu'il n'existe pas une seule jeunesse mais plusieurs jeunesses en politique et un fort malaise de leur part par rapport aux partis politiques traditionnels. Ce désenchantement politique peut amener certains à chercher la solution vers les extrêmes. Il y a là un vrai problème démocratique.

Lorsqu'on a des idées, il faut entrer dans un parti pour les défendre. Les partis reposent plus sur l'histoire que sur des valeurs. Il serait bon de moins attacher de poids à l'histoire et de trouver un élément fédérateur pour avancer. La bataille contre le chômage et la lutte contre la précarité pourrait être ceux-là. Il est nécessaire de populariser le discours politique et de reconnaître la citoyenneté et les idées. Concernant les listes électorales, aujourd'hui aucun parti, ni le gouvernement n'ont le courage de proposer un projet de loi pour obliger les citoyennes et les citoyens à voter. La politique se fait à court terme. Voilà pourquoi certains jeunes, avides de politique, se réfugient dans le projet et les idées des fondamentalistes.

Deux notions sont nécessaires pour comprendre le rapport des jeunes à la politique : le pouvoir d'expression et le rapport de pression ou le pouvoir de conviction. La liberté d'expression représente un acquis de notre société (les jeunes ; octobre 88). Les jeunes peuvent s'exprimer où ils le souhaitent, dans la rue, dans des mouvements informels au sein des associations, mais pas à l'intérieur des partis politiques . Aujourd'hui, la classe politique vieillit et la question de la participation des jeunes se pose. Les jeunes ont des difficultés à se faire entendre et à peser dans le débat démocratique parce qu'ils restent stigmatisés comme jeunes. Or, avant d'être jeunes, ils sont des citoyens et ont envie de s'exprimer.

Puisque aujourd'hui les jeunes ont du mal à se faire entendre dans les partis politiques, ils s'expriment à leur manière-par exemple en créant des mouvements armés( créneau rapporteur) 20%, des groupes de soutiens aux groupes armés, à la mafia 11%, des dealeurs15% ou de groupes de haragas 45%, ou enfin en groupes de gangs 9%,-leur permettant de peser dans la société. Là se trouve peut-être le renouvellement de la décennie noire?

Aujourd'hui les jeunes ont acquis un pouvoir d'expression. Ils ont un rôle consultatif dans la société. Par contre, ils n'ont pas accès au pouvoir. La clé de leur participation à la vie politique se trouve à ce niveau. Il faut convaincre le politicien du potentiel d'innovation que peuvent apporter les jeunes et de la maturité dont ils savent faire preuve (La Coupe d'Afrique ; La Coupe du Monde) .

Peut-être faut-il aussi renouer le lien entre les générations en multipliant les rencontres entre jeunes, élus et politiciens? Il serait nécessaire aussi de parler plus simplement afin de rendre le discours politique accessible à tous, ainsi que de donner du sens aux projets auxquels sont associés les jeunes et qui les intéressent. Il semble qu'aujourd'hui, les jeunes ne se retrouvent pas dans les projets qui leur sont destinés.

L'appel institutionnel à engagement

Les images dominantes de la jeunesse est celles de la jeunesse dangereuse. Cette assimilation de la citoyenneté à la civilité fait aujourd'hui débat, et constitue le lieu commun des discours politiques. Depuis l'avènement de la Coupe d'Afrique et de la Coupe du Monde , le discours officiel s'est fortement mobilisé autour du soutien au projet, à l'initiative et à l'engagement envers la jeunesse. Cette jeunesse n'est pas un danger, elle est aussi une ressource. Outre le choix d'un terme ambigu dans ses connotations, cette rhétorique participe de fait de l'opposition fort ancienne entre une jeunesse saine et l'autre jeunesse, renforçant par là les effets invalidants pour des jeunes qui cumulent toutes les difficultés, auxquelles s'ajoute pour nombre d'entre eux la réalité de la discrimination : exclusion économique, échec scolaire. Parallèlement à cette rhétorique institutionnelle de l'engagement, la méfiance demeure face aux engagements des jeunes dans les coordinations étudiantes, syndicats, manifestations ; le discours «officiel» devient alors celui du dénigrement voire de la répression, comme en témoignent encore les réactions récentes du pouvoir face au phénomène des Haragas (son seul préjudice, c'est de partir. Or l'Etat n'a pas trouvé mieux que le mettre en prison !.

Autre exemple de ce qui peut apparaître aux jeunes comme un double discours : Dans la wilaya de Ghardaïa, une part non négligeable de la jeunesse manifeste dans la rue contre l'exclusion, la marginalisation et la misère, le ministre de l'intérieur répond par la « Signature d'une feuille de route entre les Malikites (donc les Arabes) et les Mozabites»,donc au renvoi de chacun à la sphère privée et individuelle.

Un contexte de mutation anthropologique

Et pourtant ! Il nous semble qu'un certain nombre de mutations en cours appellerait une réflexion renouvelée sur la citoyenneté dans son rapport à la jeunesse : les phénomènes de désinstitutionalisation, les évolutions de la jeunesse (entrée plus tardive dans un âge adulte lui-même en redéfinition, temps d'expérimentation), la contrainte aujourd'hui (avec la mise en question des cadres de socialisation, la fin des «grands récits» et «l'effritement de la société salariale») de se construire soi-même et seul … Ce sont certes les jeunes les plus fragilisés qui sont touchés par la difficulté de se construire dans des repères moins identifiables (ou au milieu de l'abondance de repères hétérogènes) et avec le risque de devoir porter seuls la responsabilité de leur échec, mais ce phénomène touche l'ensemble de la jeunesse (et au-delà l'ensemble des classes d'âge). D'où la nécessité d'un étayage pour aider tout un chacun à se construire.

Si autrefois la jeunesse était d'une certaine manière un temps d'exclusion de la scène publique, cela pouvait sinon se justifier du moins s'accepter parce que l'on avait la certitude d'un statut futur sur le plan professionnel, même peu valorisé, même dominé. L'absence d'un futur certain, le fait que de moins en moins l'inscription professionnelle est vecteur d'identité rendent de plus en plus cruciales pour tout un chacun aujourd'hui la question identitaire et celle de la place dans la société, plus même, dans la Cité . A cela s'ajoute la situation propre à la jeunesse dans son rapport aux adultes.

Nous connaissons un déséquilibre démographique, économique, social, politique croissant en défaveur de la jeunesse. La croissance économique bénéficie à la classe d'âge des plus de quarante cinq ans. Le recul de «la mobilité sociale et les phénomènes de déclassement», sont constatables, soit en comparaison à la génération des parents, soit par rapport à la non-congruence entre niveau de diplôme et statut professionnel.

Les chances d'ascension sociale sont moindres, et l'explosion scolaire renforce ce processus par l'abondance de diplômés par rapport aux places disponibles.

La place politique reconnue aux jeunes est moindre : l'âge du représentant politique (Maire/P/Apw/Député/Sénateur) de moins de 30 ans est insignifiant. L'identité de la nouvelle génération de jeunes est donc, «par défaut», au sens où en parle de l'émergence d'»individus par défaut». «Les jeunes générations ne sont pas simplement privées des conséquences du progrès, elles sont aussi, dès lors, orphelines de l'idée de progression qu'elles matérialisaient jusqu'alors».

Les jeunes d'aujourd'hui, «génération invisible», font l'expérience d'une incertitude fondamentale, tout en étant «des amplificateurs des tendances contemporaines». Tout ceci explique la place croissante des revendications identitaires à être reconnues non dans l'espace du privé mais aussi dans l'espace public, la revendication par les jeunes d'une place quelle que soit par ailleurs leur situation ou attitude, le caractère de plus en insupportable de tout ce qui peut constituer un déni de dignité, à commencer par les discriminations bien sûr.

De la disqualification à une politique de la reconnaissance

Les références incantatoires à la citoyenneté des jeunes, l'appel ambivalent à l'initiative ou à l'engagement, de même que la rhétorique vertueuse de la jeunesse comme ressource montrent aisément leurs limites. La question de la citoyenneté des jeunes n'est ni un problème, ni une question de jeunes ; elle est bien celle de la société toute entière, dans sa capacité à reconnaître une place aux jeunes générations, à penser les cadres d'une expérience sécurisée qui permettent à la fois l'expérimentation propre à cet âge, le respect des formes de socialisation et de sociabilités nouvelles - qui s'étendent au-delà de cette seule classe d'âge- et l'accès au travail, au logement… - dont on sait aujourd'hui qu'il devient de plus en plus difficile pour les jeunes générations. Il oblige aussi à penser la situation de précarisation croissante d'une partie de la jeunesse (dont témoignent par exemple : la toxicomanie, la prostitution, le chômage, le suicide, la marginalisation, l'exclusion, l'analphabétisme… des jeunes), sans oublier la discrimination dont sont victimes nombre d'entre eux. La question de la citoyenneté des jeunes est inséparable de celle de son existence sociale et politique, elle pose in fine celle du «droit de cité» pour tous. Elle interroge sur ce que serait une «société juste», qui penserait d'un même développement de l'espace public, reconnaissance de la pluralité en son sein et redéfinition collective du «bien commun» (l'Algérie appartient à tous). La citoyenneté des jeunes ne saurait donc être, ni dans ses enjeux, ni dans sa mise en œuvre, c'est une question de Statut du jeune.

Notre jeunesse est à la recherche d'une «autorité».D'après les jeunes : «on ne vit pas une crise d'autorité, mais nous sommes à la recherche d'une Autorité. Historiquement, nous sommes passés d'un Etat anarchique à un Etat de dictature à un Etat laissé-faire…Puis c'est l'Etat du tout sécuritaire et, enfin à un Etat autoritariste…. Comme vous voyez, l'Autorité n'a pas le droit de cité. »

Ces questionnements du jeune quant à sa place dans la Cité nous conduit à nous interroger sur le modèle de société que nous souhaitons construire - la situation des jeunes apparaissant comme le miroir grossissant des évolutions et enjeux d'aujourd'hui -. La construction d'une

Nation implique la refondation du pacte intergénérationnel, mais aussi l'engagement fort dans une société où, «les institutions ne (seraient) pas humiliantes», une société qui s'engagerait, en complémentarité avec les politiques de redistribution, dans une «politique de la reconnaissance».

Notre recherche constitue un point d'étape d'un travail engagé maintenant depuis plus d'un an. Cette recherche s'inscrit dans la réflexion sur les représentations du jeune de la chose politique et les risques de ruptures des jeunes avec les institutions de l'Etat. Le travail réalisé avec la collaboration des jeunes, dont l'âge est de 18/30 ans, s'inscrit dans cette dynamique de réflexion. Dans cette introduction, nous voudrions remercier l'ensemble des jeunes fortement impliqués dans ce travail, qui ont accepté de répondre aux questions ouvertes, semi-ouvertes et fermées.

A suivre

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MessageSujet: Re: Les jeunes en Algérie   Mer 11 Aoû - 17:36

2ème partie

Cette recherche est constituée de deux parties :

- la première partie est consacrée à la présentation de la recherche et à l'analyse de la démarche de travail, de son objet, et des suites envisagées, en fonction des résultats obtenus.

- la deuxième partie exposera l'analyse des enquêtes menées auprès des jeunes, par petits groupes rencontrés.

Soucieux du développement de la démocratie locale, inquiets face au retrait des jeunes de la vie politique et aux risques de replis dans des groupes d'appartenance relativement fermés, nous ont poussé à mener ce travail de réflexions auprès des jeunes sur «les représentations sociales et politiques des jeunes et le risques de ruptures avec les institutions de l'Etat». Dans un premier entretien avec les jeunes, les préoccupations énoncées ont été les suivantes :

- de nombreux jeunes se tiennent à distance de la vie politique, ne votent pas; pourtant, la majorité d'entre eux se sont impliqués récemment dans la mobilisation et les préparatifs de la Coupe d'Afrique et la Coupe du Monde. Comment mieux comprendre leurs rapports au politique, aux partis, à l'engagement publique ?

- de nombreuses associations de jeunes se sont constituées, certaines, lors de rencontres avec les membres du gouvernement, d'autres à propos de leur ville, d'autres pour promouvoir le recours aux droits aux besoins élémentaires. Cependant un nombre important de jeunes ne les fréquentent pas et restent parfois très «fixés» dans leur quartier. Il serait important de connaître leur point de vue sur la vie sociale et politique, afin de contribuer à leur ouverture.

- Aujourd'hui, en l'absence de programmes politiques, de perspectives, certains groupes en référence à l'Islam exercent une forte influence sur la construction des représentations des jeunes et sur leur engagement. Comment le développement de débats publics, d'espaces collectifs peuvent-ils contribuer à ouvrir ces jeunes à l'ensemble de la vie sociale et politique ?

- Créer une démocratie locale active, associant les jeunes, constitue un objectif difficile pour une commune. Les démarches mises en place à destination des adultes ne sont pas toujours pertinentes pour les jeunes; il s'agit d'inventer de nouvelles formes de débats et d'organisation impliquant les jeunes, en lien avec le travail mené avec l'ensemble de la ville. C'est une préoccupation déjà portée par toutes les villes et douars d'Algérie depuis plusieurs années; cette présente recherche pourrait contribuer à engager un débat serein et sérieux.

Les intérêts et inquiétudes exposés précédemment ont été alors souvent re-exprimés : les jeunes ont-ils des représentations du politique ? Lesquelles ? Les formes d'organisation de la vie citoyenne et politique des jeunes sont-elles adaptées ? Que signifie pour eux l'implication dans la vie sociale et politique ? Que penser de leur attirance pour des idéaux communautaires, lorsqu'ils existent ? Sont-ils très présents ?

Très rapidement, nous avons mis en lien notre approche avec des situations d'échanges et de travail avec les jeunes. Ainsi, les activités internationales (la Coupe d'Afrique et de la Coupe du Monde de football) ont été l'objet de beaucoup de réflexions : que signifie partir ailleurs ? Quelles confrontations ? En quoi la préparation au départ est-elle importante ? Nous avons mené un travail de proximité dans certains quartiers. Nous avons constaté qu'il est très difficile à certains jeunes de prendre le risque de la rencontre avec l'extérieur et de quitter la culture du quartier. Ils ont alors exprimé leur intérêt à identifier en quoi leur présence favorise d'autres découvertes, un autre accès à la ville.

Il a été aussi fait référence, dès cette première phase, au travail mené pour favoriser l'implication des jeunes dans des associations de recours au droit ou dans des processus d'insertion sociale. Des questions se sont alors posées : en quoi existe-t-il des liens entre l'identité sociale et leur rapport au politique ? Comment aujourd'hui vivent-ils les respects et la culture des quartiers ? Pour finir avec l'introduction, nous souhaitons poser deux questions. Aujourd'hui, le mouvement associatif fait-il partie de cette nouvelle démocratie ? La place des jeunes dans la vie politique ne se retrouve- t-elle pas finalement dans la rue, donc dans la rupture ?

L'objectif principal de la recherche est de comprendre leurs représentations de la chose politique et les risques de ruptures avec les institutions de l'Etat. Les volets principaux de cette étude se résument en les problématiques suivantes :

a) Les représentations des élections communales et législatives chez les jeunes

b) Les représentations de la chose politique chez les jeunes

c) Les représentations des valeurs chez jeunes

d) Les représentations des enjeux sociaux chez les jeunes

e) Les représentations des jeunes de leurs possibilités de s'impliquer dans la vie sociale et politique

f) La représentation des femmes en politique

L'approche méthodologique

L'approche s'est faite sur la technique des entretiens semi-directifs qui fonctionne selon une conception de recherche avancée. Les jeunes y réagissent à des questions ouvertes, ceci nous à pas empêcher l'utilisation des questions fermées. C'est une forme de recherche flexible qui explore les sujets qui intéressent le jeune, tout en lui permettant de soulever d'autres sujets et préoccupations qui pourraient nous échapper.

Notre approche n'indique pas seulement ce que les jeunes pensent, mais également pourquoi ils pensent de cette façon, comment ils formulent leurs opinions et le degré d'intensité de leurs points de vues. Cela nous a permis de mieux cerner les nuances -leurs indécisions, leurs excitations, leurs colères, leurs rébellions, leurs doutes ou leurs incertitudes- En donnant aux partis et au pouvoir la possibilité d'écouter en direct les jeunes.

La fiabilité de nos résultats ne peuvent être proportionnellement extrapolés ni généralisés au niveau national. Toutefois, ils sont particulièrement utiles parce qu'ils offrent beaucoup plus de détails et de nuances sur les représentations des jeunes de la chose politique en Algérie.

Notre choix d'enquête était le suivant : le jeunes constitués se sont réunis quatre fois. La conduite des entretiens s'est faite sous notre responsabilité, notre rôle est de faciliter, d'écouter. Nous n'avons pas les moyens financiers d'enregistrer les entretiens et de les faire décrypter. C'est de fait une limite pour l'analyse de contenu des entretiens, car nous avons pris appui sur les notes prises par plusieurs jeunes universitaires, ayant participé à l'enquête.

Après avoir déterminé la composition des groupes d‘enquête, nous avons alors réfléchi à la conduite des entretiens et nous avons construit une grille commune d'analyse d'entretiens semi-directifs; les thèmes identifiés ont alors été les suivants :

- les représentations des jeunes du politique, au plan local, national, international

- leurs rapports à leur propre situation sociale.

- leurs rapports aux valeurs, à l'utopie sociale et politique, aux causes à défendre sur le plan local, national.

- les liens d'appartenance et d'identification au quartier, à la ville, à l'Algérie.

- leurs représentations et leurs rapports aux institutions, aux droits

- leur implication actuelle sociale et/ou politique au plan local, national

- ce qu'ils souhaiteraient pour s'impliquer davantage comme citoyen, ou acteur politique aux différentes échelles déjà évoquées.

RESULTATS DE L'ENQUETE

Afin d'analyser les résultats recueillis, nous avons défini six grandes catégories d'analyse :

a) Les représentations des élections communales et législatives chez les jeunes :

La situation générale dans le pays est décrite comme étant économico-sociale catastrophique et politiquement stagnante et stressante, et ce malgré le climat de développement économique dans le pays, parce que les citoyens ne ressentent pas l'impact du développement économique de leurs régions sur leur vécu. La majorité est préoccupée par les problèmes socio-économiques 100% affectant directement le quotidien, tels que le chômage 85%et la hausse des prix des produits alimentaires 95%. Les groupes des jeunes et des urbains 66% sont moins optimistes que les ruraux 85%. Ces derniers déplorent le manque d'infrastructures et d'activités génératrices de revenus dans leurs régions.

• Les élections sont perçues comme un événement sans impact direct sur la vie des gens. Les législatives et les locales sont définies comme étant un «échec» pour les politiques et une «victoire» pour les citoyens, et estiment que le résultat le plus important des élections est le faible taux de participation. Malgré ce constat négatif, les participants urbains et les jeunes citadins estiment que ces élections comportent une dimension positive 85%, celui de l'interférence limitée de l'administration pendant les élections, tandis que les périurbains et les ruraux 95% déplorent toujours l'achat des votes et la crainte des autorités locales dans leurs régions.

• Le choix de ne pas voter est un acte délibéré et réfléchi de non-participation basé sur une prise de conscience politique. Dans ce cas, l'acte de l'abstention45% revêt une dimension de participation politique.

• L'abstention-sanction et le bulletin nul sont un acte de protestation, de contestation sociale et politique, un message au système politique pour exprimer l'insatisfaction des jeunes.

• L'abstention est aussi le résultat de la confusion des électeurs. Le nombre élevé des partis, l' absence de programmes, le manque d'information pendant la campagne.

• Les facteurs qui ont déterminé l'apathie des jeunes pendant les législatives et les locales sont la perception négative du système politique en général 83%, et des partis politiques en particulier 95%, le manque d'information sur le processus politique 75%, et la crise de communication et de médiatisation, qui contribue à renforcer la perception générale de stagnation sociopolitique 85%. Les partis ne constituent pas un acteur de développement majeur dans le pays 98%, et le pouvoir de changement est instinctivement attribué au président de la république au niveau national 100% et aux walis 100% au niveau régional. Les élections ne revêtent donc que peu d'intérêt, puisqu'elles n'engagent pas les vrais acteurs 100%.

• La juxtaposition des limites du pouvoir des partis par rapport à celui de la présidence et de la lassitude généralisée des électeurs après des années de performance négative des partis est renforcée et véhiculée de manière quotidienne par le système médiatique dans le pays, qui produit l'image d'un président dynamique et initiateur de grands projets de développement, en comparaison avec des partis statiques, dont les activités et les initiatives sont rares et ne suscitent que peu d'intérêt.

• Les jeunes abstentionnistes conditionnent leur retour aux urnes avec des signes de changement positif dans le paysage sociopolitique 95%. Ils réclament plus de jeunes dans les partis et des projets de développement locaux qui se traduisent en une amélioration concrète des conditions de vie des citoyens vulnérables 87%. Les attentes des jeunes se résument en les points suivants :

• Des projets de développement qui ont un impact sur la vie des jeunes 85%

• Le renouvellement et le rajeunissement des élites 95%

• L'engagement des partis politiques dans le développement local 98%

• Des réformes constitutionnelles pour permettre aux partis politiques d'avoir un rôle plus significatif dans le paysage politique local et régional 65%. « Pourquoi le Maire de Marseille a été reçu par le Wali d'Alger ? Où est le « maire d'Alger » .

Perception générale

Le point de départ pour analyser le comportement des jeunes durant les élections est l'évaluation de la représentation des jeunes de la situation générale du pays. Cette représentation permet de dresser la toile de fond relative à l'attitude des jeunes envers les élections, tout en déterminant leurs principales préoccupations et leurs priorités. «Je sais qu'il y a eu des élections durant ces trois dernières années, mais les élections communales, wilayales ou même législatives ne font rien pour le douar où je réside. Ils ont abandonné le douar et les siens. Aussi, on attend rien d'eux, du moment que la décision revient au wali».

Dans l'ensemble, la situation générale dans le pays est décrite par les jeunes comme étant économiquement et politiquement stagnante 85%, et ce malgré le fait que les participants des différentes catégories (citadins/ ruraux) restent plutôt réceptifs au climat de développement économique dans le pays. La perception de stagnation est présente même dans les agglomérations urbaines en plein développement 75%, parce que les participants ne ressentent pas l'impact du développement économique de leurs régions sur leur vécu. La majorité est préoccupée par les problèmes socio-économiques affectant directement le quotidien des citoyens, tels que le chômage, la misère et la hausse des prix des produits alimentaires. Les groupes des jeunes urbains sont moins optimistes que les ruraux. Ces derniers déplorent le manque d'infrastructures et d'activités génératrices de revenus dans leurs régions.

Les résultats révèlent (95%) que les élections sont perçues comme un événement sans impact direct sur la vie des gens. Les participants définissent les élections comme étant un «échec» pour les politiques et une «victoire» pour les citoyens, et estiment que le résultat le plus important des élections est le faible taux de participations (locales et législatives). Malgré ce constat négatif, les jeunes(les citadins) estiment que ces élections comportent une dimension positive, celui de l'interférence limitée de l'administration pendant les élections, tandis que les périurbains et les ruraux déplorent toujours l'achat des votes et la crainte des autorités locales dans leurs régions. « Les élections ne changent rien, alors pourquoi voter ? » (propos d'un jeune)

Touts les jeunes (100%) s'accordent sur la représentation et la perception que les élections n'ont pas d'impact direct sur la direction générale du pays. Quelle que soit l'appréciation des participants du développement du pays, de la situation générale et des besoins des citoyens, du degré d'optimisme des jeunes, ils estiment que les élections, en tant que processus politique, «ne changent rien». Toutefois, si les jeunes des différentes régions (urbaines/rurales) arrivent au même constat, les causes diffèrent selon leurs niveaux d'instruction. Les périurbains et ruraux lient les élections aux candidats, et basent leur évaluation négative des élections sur leur perception négative des candidats aux élections. Dans le cas des ruraux, les partis ne sont même pas pris en considération dans le jugement, vu que les participants ont des informations extrêmement limitées sur les partis et sur le processus politique en général, n'ont de contact direct qu'avec les candidats et, par conséquent, basent leur appréciation des élections sur la performance des dits candidats. Les groupes périurbains, étudiants et de classe moyenne, passablement plus exposés aux informations relatives au paysage politique, expliquent leur constat négatif sur les élections par le fait qu'elles n'engagent pas nécessairement les véritables acteurs de la prise de décision dans le pays. «Personnellement, je ne connais que deux personnes dans le monde politique : Le président de la république et le wali. Ce sont les véritables acteurs politiques»; « Tout se fait dans l'opacité »; « le choix se fait sur la base de la chokkara (sachet noir plein d'argent) »; « nous sommes au troisième millénaire, cessez de faire croire aux gens que les jeunes ruraux résonnent en termes de Kabila ou de arch.».

Les groupes urbains et ruraux expriment un mécontentement particulier, émanant surtout du manque de travail et de loisirs. Le chômage est l'élément le plus souvent et le plus spontanément cité comme étant un signe de stagnation sociale et économique (95%), pour le deuxième élément (100%) estiment qu'ils sont les plus chairs au Monde. L'importance accordée par les participants au chômage est un indicateur qui révèle la préoccupation majeure des électeurs par les difficultés socio-économiques liées au quotidien pendant la période électorale, et non par les élections(85%), pour les loisirs, on impute cela aux manques d'idées des ministres du tourisme et de la culture(95%). D'ailleurs, pour la plupart, le chômage a contribué au désenchantement et au désintérêt à la chose politique (95%), pour le manque de loisirs, les jeunes ont trouvés une issue : La Harga (75%).

«Tu veux connaître le résultat des élections? Eh bien, le résultat, c'est qu'on s'est réveillé le lendemain et on a vu que le problème du chômage n'a pas changé et le nombre des haragas aussi !»;

Les groupes urbains, toutes tranches d'âge et classes sociales confondues, décrivent la situation de stagnation sociale, économique et politique en termes de manque de changement et de mouvement. Ainsi, les participants des groupes urbains associent spontanément la situation générale au fait que «rien ne change», expression récurrente, particulièrement dans les groupes périurbains. Certains participants des villes telles que Constantine, Oum el Bouaghi, où de grands chantiers d'envergure nationale sont en cours, trouvent que le développement urbain et économique de leurs régions n'a pas d'impact direct sur la qualité de leur vie. D'un autre côté, les participants ne sentent pas de lien direct entre les grandes réformes et projets en cours et l'amélioration de leur quotidien parce qu'ils ne saisissent pas les répercussions de ces projets sur leurs régions, et estiment, donc, que les choses ne changent pas vraiment. Les jeunes, par exemple, se disent satisfait que le méga projet (Autoroute) ne traverse pas leurs régions parce que cette dernière aurait contribué à la paralysie. Cette perception générale de stagnation contribue largement à la lassitude électorale des groupes urbains de tous âges.

Les ruraux, par contre, estiment que la situation générale est négative, mais que l'investissement de l'état dans les projets de développement local pourrait améliorer la qualité de vie des citoyens. En effet, les participants ruraux se sentent laissés pour compte, et critiquent vivement les partis politiques, les communes et les autorités locales pour le manque d'infrastructures et d'encadrement. D'autres espèrent le lancement de projets de développement similaires à ceux existant dans les grands centres urbains, à condition que ces projets aient des répercussions positives sur l'infrastructure, les services et l'économie de leurs régions. Les participants évoquent notamment l'autoroute, dont les retombées seraient, selon eux, catastrophiques, et à cause de laquelle beaucoup de commerces fermeraient «L'autoroute nous a assassiné, Elle a paralysé Chelghoum (Mila) et plusieurs régions du pays. Elle profite aux nantis.» «Les gens des régions rurales et du sud ressemblent à des morts, ils ne leur attachent aucune importance.», «Les mégas-projets sont installés à Alger, Oran,… mais pourquoi, on nous a oublie ?», «Ils doivent lancer des projets chez nous. Comme ça, On ne se fait pas tabasser chaque fois que nous essayons de réclamer nos droits.»

A suivre

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MessageSujet: Re: Les jeunes en Algérie   Mer 11 Aoû - 17:37

3ème partie

En conclusion, la représentation de la situation générale vis-à-vis de la politique et des politiciens est marquée par un mécontentement général, aggravé par le chômage, la précarité de la vie, de l'insécurité, le manque de loisirs mais aussi par la hausse des prix , le manque de communication autour de l'impact bénéfique des grands chantiers de développement dans le pays. Cette représentation a alimenté le désintérêt des participants pour le processus électoral, qui, lui aussi, est perçu comme un élément, parmi d'autres, du manque de dynamisme prévalent dans le pays.

«Pendant la compagne électorale, l'argent coule toujours à flot. Les services de sécurités ne se sont jamais inquiétés. La justice ne sait jamais auto- saisi pour éclairer l'opinion publique. Combien même que les responsables des partis en parlaient. Et en plus, même après les élections législatives, surtout, c'est le président qui décide qui est premier ministre sans prendre en compte le parti majoritaire. Alors pourquoi voudrais-tu que les jeunes aillent voter?», «Les jeunes ne voient pas de changement concret qui les motiveraient à aller voter.», «Il n'y a pas de relation automatique entre le vote et l'amélioration des conditions de vie. Et en plus, nous n'avons pas confiance en les partis politiques.», «Les élections, c'est du blabla. Ils se moquent de nous.», «Nous participons aux élections car nous voulons que cela change, mais ce changement ne vient pas. Nous n'avons pas de travail, ni de logement, ni les moyens les plus élémentaires pour se distraire… donc, nous ne participons plus. C'est du pareil au même.», «Nous sommes conscients que personne ne pourra changer nos conditions. On n'a l'impression que le pouvoir a peur de nous. Ils peuvent dormir sur les deux oreilles. A eux le pays; à nous le drapeau.».

De manière générale, les jeunes tendent à associer spontanément les élections passées à une régression du processus de démocratisation du pays, principalement à cause du faible taux de participation, signe de manque de confiance en les politiques, selon la plupart (85%). Toutefois, les jeunes urbains (95%), malgré la peur des représailles des «notables à la chokkara» estiment que les élections sont une victoire pour les citoyens, parce qu'elles ont permis au pouvoir de constater le désengagement des jeunes de la chose politique.

Le faible taux de participation est spontanément mentionné par les jeunes comme le résultat le plus important des élections. Malgré les connaissances limitées en politique, les jeunes sont tous et toutes au courant que, pendant ces élections, «personne n'a voté !», et ce n'est finalement pas une si mauvaise chose parce que cela permettrait une réflexion nationale sur les élections.

«C'est un signe de rébellion et de ras le bol pour les gens du pouvoir, pour leur dire que les jeunes sont conscients et qu'ils doivent faire quelque chose pour remettre le gouvernement sur le bon chemin.», «Ces élections sont un pas en avant pour nous(le peuple d'en bas), malgré que le peuple d'en haut n' a pas appris la leçon, au cours des élections 2012 on poussera plus les jeunes à la rébellion et à plus d'abstention si les choses ne changeront pas.», «C'est un progrès. La participation électorale s'avère une bonne leçon pour le pouvoir qui doit pousser les politiciens à sortir à la rencontre des jeunes.», «C'est un succès pour les jeunes, car le taux de participation est une défaite pour «eux». Parce qu'ils n'arrêtent pas de nous mener en bateau. Les jeunes n'ont pas trouvé pour qui voter, ils n'ont pas voté. Les parents ne votent pas et nous non plus.»

Les jeunes en zones rurales et périurbaines comportent des mentions récurrentes de cas de corruption et d'achat de vote pendant les élections (95%). En particulier, les jeunes racontent des cas d'achats massifs de vote, surtout dans les quartiers populaires. Les jeunes périurbaines confirment avoir accepté de l'argent de tous les candidats. Le jour du scrutin, ils confirment jeter un bulletin nul (95%). «A travers ce comportement (acte d'achat de conscience), les candidats aux élections prouvent qu'ils ne sont pas digne de notre confiance.»

L'objectif principal de la recherche portant est de comprendre ces causes. Le ciblage de notre échantillon a permis d'identifier quelques facteurs de ce refus d'aller voter. La décision diffère selon les régions (rurales, urbaines et périurbaines), «Dorénavant, notre participation aux élections se traduiront par la protestation.», «A nous l'emblème nationale, à eux l'Algérie», «Donnez-nous des Hommes et des Femmes crédibles, Dieu seul sait qu'ils existent, et nous voteront.», «Voter, pourquoi ? Ces élus n'ont aucune prérogative. Comme l'a dit toute à l'heure mon ami. Je connais le Président de la République et le Wali…», «Donnez- moi un parti qui a un programme locale ou régional pour allez voter.», «Trop de bulletin de vote, trop de candidats pour mon douar.», «on ne pense pas Arch., ni régionalisme… C'est «eux» qui s'accrochent à cette idée…Nous sommes Algériens…Nous cherchons la personne honnête et crédible…Ramenez- nous un jeune de Tolga et nous voterons…Dit leur d'arrêter de piétiner les lois de la république…Nous sommes unis, et indivisibles.»

Les jeunes décrivent leur décision comme étant une prise de conscience politique. Selon ces jeunes, ce boycott revêt une dimension de participation politique, une manière d'exprimer leurs ras bols. D'ailleurs, cette décision est interprétée comme étant une preuve de maturité politique, de «bon sens», en comparaison avec «l'obstination des politiciens à aller à contre sens des aspirations et des attentes de la jeunesse», «les jeunes implorent d'autres jeunes à ne plus voter pour de l'argent ou pour des promesses impossibles.», «On n' a le sentiment que les politiciens nous poussent à bout, nous pensons qu'ils ont tort…Octobre 88 et les années 90 sont dernières nous…Nous sommes les jeunes du troisième millénaires…Notre idéal, c'est vivre le présent…Notre présent, c'est l'équipe nationale, Barcelone, le réal de Madrid, l'inter de Milan et Chelsea…Ce qui nous poussent à penser ainsi, c'est le manque de perspective…L'horizon est hermétique.»

Pour conclure, il est clair que les causes du boycott des jeunes n'est pas nécessairement le résultat de leur apolitisme. Ce désintérêt pour la chose politique des jeunes est un signe d'intérêt et de maturité avant d'être un rejet du système, et la fierté des participants jeunes d'avoir «réussi à faire passé le message», d'avoir «marqué une victoire», d'avoir «réveillé le pouvoir visible et invisible», en est un signe révélateur.

L'enquête démontre que plusieurs facteurs ont déterminé ce désintéressement des jeunes pendant les élections:

• la représentation négative du système politique en général (98%)

• la crise de confiance entre les jeunes et tous les partis politiques (100%)

• toute est transparent dans notre pays (l'impunité; le laxisme; le régionalisme; le népotisme…Sauf les lois de la république… elles sont ambigües) (98%)

• les partis ne constituent pas un acteur de développement (95%).

• Le pouvoir de décision et de changement sont attribués au président de la république (100%).

• les élections ne revêtent que peu d'intérêt, puisqu'elles n'engagent pas les vrais acteurs (100%).

• les processus et les institutions, sont loin des préoccupations des jeunes. Ils n'y retrouvent pas leurs priorités, ne s'identifient pas aux leaders politiques, et ne ressentent pas l'impact des décisions politiques sur leur vécu (100%).

• Les jeunes ne sentent pas citoyens mais des sujets :«est-ce une monarchie ou une république ?» «Donnez-nous nos droits pour pouvoir parler ensuite de nos devoirs envers la Nation» «Nous voulons participer la vie de la cité, mais entant que citoyens. donnez-nous du travail, nous sommes désespérés, on préfère se jeter à la mer plutôt que de rester… L'injustice est devenue une mode de gouvernance»

• Nos douars sont des dépotoirs… nos rues sont défoncées…nos trottoirs sont détériorés…On n'a arrive pas à gérer l'eau… L'avoirie…..On n'a pas un village touristique digne de son nom…Un port de pêche digne de ce nom…Une salle de cinéma… un café…un restaurant...une toilette publique…un bus…un train qui arrive à l'heure…un avion qui arrive à l'heure…une équipe locale compétitive.

• Les partis sont invisibles dans les circonscriptions, sauf pendant les élections; ils ne communiquent pas, ils n'investissent pas dans le développement local. De plus, leurs candidats sont corrompus.

• La majorité des candidats ignorent nos problèmes. Ils vivent dans une autre planète.

• Nous vivons un problème politique. Nous avons un problème de crise de confiance. Les citoyens ne croient plus les politiciens, car ils ne font que donner des promesses vides.

• Les partis peuvent faire des choses. Ils peuvent nous ramener de l'eau et tout ce qui est nécessaire, mais ils ne le font pas. Donc, ils ne servent à rien.

• Les jeunes déplorent particulièrement le manque de jeunes dans les partis politiques, surtout en tant que candidats aux élections et en tant que leaders.

• le problème du rajeunissement et du renouvellement de l'élite politique est l'une des revendications majeures des jeunes (100%). «nous voulons du changement…un vrai changement d'hommes…et de surcroit jeunes… Nous rêvons qu'un jour le président de la république nommera des ministres ayant la trentaine…les mêmes têtes nous font fuir…nous dégoutent… ils sont incompétents… notre président gère les affaires de la cité avec de l'impunité et le laxisme…nous voulons qu'il change d'attitude…il est le président…et nous connaissons que lui sur le plan national et le wali sur le plan régional»

• la stagnation sociopolitique est un facteur de désenchantement, les jeunes espèrent l'émergence d'un leadership politique plus jeune, différent et ouvert aux jeunes, afin de permettre aux jeunes de s'identifier aux leaders mais aussi de s'intéresser à la chose politique.

• Les partis politiques n'accordent pas d'intérêt aux jeunes ni à leurs attentes. Les partis empêchent les jeunes d' intervenir dans les débats ou de se porter candidat.

• Les partis ne sont pas capables de produire une élite politique jeune à la hauteur des défis du pays.

• C'est les jeunes qui devraient faire de la politique. Mais les vieux ne veulent pas quitter leurs postes.

• Dans les douars, les associations font des choses fantastiques que même les communes n'arrivent pas à faire.

• le vrai pouvoir de prise de décision politique et de développement provient de la présidence de la république.

• Les jeunes estiment qu'il serait logique d'annuler toutes formes d'élections sauf les présidentielles, puisque c'est la présidence qui détient le pouvoir d'améliorer leurs conditions de vie.

• Pendant les présidentielles, la compagne électorale était intéressante. Elle était porteuse de projets par tous les candidats. Ce qui donnait un signe de mouvement et de développement.

• en comparaison avec les élections locales, et législatives qui a symbolisé, pour eux, la stagnation et les discours creux.

• des réformes constitutionnelles (code communal et de la wilaya) qui permettraient aux partis de jouer un rôle plus important dans la vie politique sont inévitables, sinon, tant que les élections n'aboutissent pas à la composition d'un gouvernement politique, il ne pourrait pas y avoir de transition démocratique.

• C'est le président qui dirige le paysage politique. C'est le pouvoir invisible qui dirige vraiment le pays.

• A la télé, nous voyons bien que c'est le président qui va partout pour inaugurer des projets. Tous les projets viennent de lui.

• Tant qu'il n'y a pas de réformes constitutionnelles, on ne voit pas de changement. La présidence continuera à tout piloter et, comme les gens disent, c'est le parti du président qui gagne toujours.

• Les jeunes ne disposent que de peu de notions en ce qui concerne le rôle et les prérogatives du Parlement et des parlementaires.

• D'autres ignorent si les élections étaient communales ou législatives, et ignorent la différence entre les deux.

• Le rôle du parlementaire et celui de l'élu local sont souvent incompris et confondus, surtout chez les jeunes périurbaines et rurales.

• Ce manque d'informations alimente le désengagement des participants de la chose politique qui leur semble non seulement loin de leurs préoccupations, mais aussi mystérieuse.

• Pour les jeunes, le manque d'information provient de l'absence de programmes d'éducation civique des cursus scolaires et de sensibilisation des mass-médias.

• Les jeunes disent lire les journaux, mais s'étonnent du désengagement des mass-médias de la chose politique professionnellement parlant. Ils ne sont là que le jour du vote, après on voit qu'ils recensent les personnes reconverties à l'Islam. «Kanouté musulman, en quoi cela nous est utile ?» «d'autres, font dans l'apologie du terrorisme…». Les mass-médias ne s'engagent pas dans le processus de sensibilisation de manière constructive. Ils l'ont fait comme ca, sans substance. Les efforts de sensibilisation sont périodiques. Il n'y a pas eu de débat public avant les élections, et même après les élections. En l'absence d'informations crédibles ou de sensibilisation civique, la source principale des jeunes sur la chose politiques restent les medias internationaux. La presse publique écrite, parlée et l'Entv, surtout, sont rarement considérées comme une source crédible d'information par les jeunes. Les télévisions étrangères (européennes), viennent en second lieu de préférence après Aljazeera, lorsqu'il s'agit de couverture des événements politiques en Algérie. Aussi les jeunes citadins citent les télévisions françaises comme référence incontestable dans le domaine politique. Mais quant il s'agit d'informations sportives, les jeunes se tournent vers canal plus. Ils disent «sans sa présence, personne ne saura que le sang de nos représentants a coulé sur le sol d'«Egypte Frère.»

Pour conclure, les facteurs poussant les jeunes à ne pas aller voter sont beaucoup plus complexes qu'une crise de confiance en les partis politiques, à une réaction négative à la hausse des prix, aux loisirs ou à la misère généralisée.

C'est d'abord la juxtaposition d'une prise de conscience des limites du pouvoir des partis par rapport à celui de la Présidence au niveau national et du Wali au niveau local, de la lassitude généralisée des jeunes après des années de performance négative des partis. Les jeunes ne refusent pas de voter; ils refusent de voter pour un acteur qui ne peut pas faire grand-chose, à leurs yeux «Même si on vote pour une personne intègre, ce dernier se trouvera «dans une prison institutionnelle». C'est-à-dire dépourvu de prérogatives. Alors autant s'abstenir». Cette représentation est renforcée et véhiculée de manière quotidienne par la télévision, qui produit l'image d'un président dynamique et initiateur de grands projets de développement, en comparaison avec des partis statiques et absents.

Les causes du désenchantement à la chose politique révèlent que les jeunes conditionnent leur participation citoyenne avec des signes de changement concret dans le paysage sociopolitique et institutionnel «Donnez à l'Elu, à travers les textes clairs, le pouvoir de gérer les affaires de la cité», «En Europe, on voit que le Maire est le premier Magistrat de sa localité, le Préfet, entant que commis de l'Etat, n'est là que pour veiller au respect de la loi. C'est le Maire qui reçoit le Président de République. Chez-nous, il est responsable des 07,09 ou 11 personnes. C'est dommage.», «Nos élus, savent tout cela, cela veut dire pour nous qu'ils ne sont pas honnêtes. A leurs places, nous jetterons l'éponge.», «S'il y' aurait une volonté de changement, nous participerons volontiers au prochain scrutin(2012).»

En ce qui concerne leurs attentes, elles se résument dans les points suivants:

• Des projets de développement qui ont un impact sur la vie des gens : La nécessité de «ressentir» l'impact des projets de développement sur la vie des gens est une condition incontournable, selon les jeunes. Cela permettrait de regagner confiance en le système et en les acteurs politiques, et de renforcer les principes de citoyenneté chez les jeunes.

• Le renouvellement et le rajeunissement des élites : toutes les jeunes soulignent l'importance du rajeunissement de l'élite politique. Les jeunes se disent prêts à participer aux prochaines élections s'ils voient «plus de jeunes ayant tous les pouvoirs de gestion, à l'image de ce qu'on voit en Europe». Le rajeunissement de l'élite politique européenne est cité comme exemple par les jeunes. Selon les jeunes, cela marquerait le début d'une vraie rupture avec la stagnation sociopolitique, et la garantie d'une élite jeune et dynamique, qui serait apte à relever les défis du troisième millénaire. C'est jeunes Elus seraient proche de la majorité, jeune, de la population.

• L'engagement des partis politiques dans le développement local : les partis sont critiqués pour leur manque de travail de proximité avec les jeunes «je connais ni le maire, ni le député, ni même le sénateur, par contre le Wali, Si !»

• Le manque d'engagent des élus au niveau local.

• Le manque de communication avec les jeunes de manière permanente, et non seulement pendant les élections.

• Rendre les bulletins plus simples et plus faciles à manipuler, surtout pour les analphabètes.

A suivre

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MessageSujet: Re: Les jeunes en Algérie   Mer 11 Aoû - 17:38

4ème partie

b) Les représentations de la chose politique chez les jeunes Les principaux résultats de l'étude sont : Il n'existe pas une relation significative entre leurs représentations de la vie locale, des réponses aux besoins sociaux et du politique «Notre vie quotidienne, c'est de la politique, mais quand on n'a besoin d'un logement, d'un travail, il faut aller à la wilaya, à la daïra, on n'a pas besoin de l'élu ; Il y'a un dysfonctionnement qu'il faut régler .Tout est politique de toute façon, faut tout le temps aller voir quelqu'un, sauf l'élu.».

Si ils ont des avis diversifiés par rapport aux élus, ils soulignent plutôt l'étonnement de l'attitude des élus, n'ayant aucunes prérogatives, ils se présentent toujours aux élections.

«On n'a l'impression que c'est un maire élu à vie. Il est toujours là. Les gens veulent du changement . Pour demander du travail, on va voir les commis de l'Etat. Il faut aller les voir tous les jours, insister… On n'a pas les moyens de distraction, il y a moins de festivités dans les quartiers populaires. La fête de quartier reflète les associations de quartier. Il n'y en assez, mais activent peu». «Les jeunes ne parlent pas… Les politiques : c'est des marchands de rêves. Ils promettent, mais rien n'aboutit. Ils n'écoutent pas les jeunes...On n'a des revendications, à qui s'adresser... La jeunesse : c'est l'avenir. Pourquoi votez? Ils arrivent dans les quartiers, en passant 15 jours avant le vote... L'idée ce n'est pas de passer tous les jours. Mais un minimum. Voir comment ça se passe dans le quartier.», «Quelques associations activent à quelques jours du scrutin ou avant la visite du président de la République. Ces associations sont une antichambre des partis au pouvoir ou des ministères. Ils ne viennent pas pour nous. Le malheur dans tout cela, les associations le savent et nous aussi. Que c'est blessant et décevant…», «Cela fait dix ans que ça dure, les politiciens c'est des menteurs, ils disent toujours on va faire mais ils ne font jamais rien. Ils mentent pour se faire réélire». «La politique c'est le pouvoir, c'est l'argent, c'est se servir sans être inquiéter, c'est l'impunité totale.», «Les élus ne font pas assez pour la localité, mais quand ils ont besoin de nous, ils savent où nous trouver. Mais nous si on a besoin d'eux, on ne sait pas où les trouver, ils n'ont ni boite d'Email ni téléphone…pour les proches si…c'est un peu dommage.», «On ne comprend pas pourquoi ces élus tiennent à rester. Si on était à leur place, on démissionne, surtout le jour ou le président a convoqué les walis et les cadres de l'Etat et eux(les élus) qui sont-ils au justes ?»

c) Les représentations des valeurs chez les jeunes

Les valeurs, et les enjeux d'identité énoncés très souvent s'articulent de façon complexe entre le niveau local et le niveau national, voir international. Cependant, certaines réflexions sont exprimées en référence à la vie locale. Le respect apparaît rapidement comme une valeur centrale et est mis en lien avec la vie de communauté.

c-1) Que représentent pour vous un policier, un gendarme ?

«Ne pas manquer de respect aux gens, être normal, faire leurs travails sans exagérer, sans abuser de leurs pouvoirs, certes, c'est très difficile. L'impunité et le laxisme sont devenus un Mode de Gouvernance. Un commis de l'Etat voit des milliards passés devant lui et je crois que c'est dur de ne pas s'en saisir, c'est pareil pour le policier, le gendarme et l'élus. Le syndrome Khalifa n'a pas eu l'effet escompté. Au contraire, cette affaire a ouvert la voie à la corruption généralisée. C'est dommage.».

c-2) Les causes de l'aliénation Brièvement, on voudrait dégager rapidement quelques causes.

• la cause de cet état de fait, est d'abord la méconnaissance de soi-même. Le manque de repère à fait que cette jeunesse est à la merci des courants extérieurs.

• la deuxième cause importante, est le rôle de la ville : se sont les jeunes qui sortent le plus des douars, qui vont en ville parce qu'ils ont les moyens, l'énergie physique. Or la ville, est aujourd'hui un véritable défoliant culturel, exactement comme l'école. La ville Algérienne ne joue pas la même fonction, ne remplit pas le même rôle que la ville européenne. Cette dernière permet à la compagne d'avancer ce qui permet à la ville de progresser. C'est donc une sorte de cercle fermé mais dynamique permettant à la ville et la compagne d'entretenir une relation de complémentarité. Malheureusement ce couple positif et dynamique n'a pas pu s'instaurer en Algérie.la ville se contente de déraciner les jeunes des douars, mais elle ne les investit pas dans des industries productives. Il y'a un tissu industriel de bien de consommation, les jeunes viennent pour travailler, mais, dans les cafés, les restaurants dans l'économie informelle très mal structurée. Actuellement, ces jeunes sont immobiles devant leurs tables pleines de cigarettes. Force est de constater que ça n'amasse pas du tout une dynamique, une dialectique de progrès… Il y'a là une disparité, une distorsion extrêmement grave. La ville, en fait, est une vitrine de produits de consommation, qui viennent généralement de l'extérieur, c'est le relais malheureux de l'exploitation et de l'aliénation. Même le programme des 100 locaux par communes sont détournés de leur vocation originale «les locaux à vocation professionnelle». A titre illustratif, dans la commune de Ain-Smara(Wilaya de Constantine), on constate que 02 locaux sont transformés en Café.

La question posée par les jeunes de cette localité est : «qu'elle est le rôle de la commission d'attribution des locaux ?»

• l'éducation à la citoyenneté est inexistante, les jeunes sont vis à vis du pouvoir politique dans une relation ambiguë, ambivalente telle qu'ils sont à la fois craints et convoités. On souhaite avoir leur appui mais on a peur d'eux parce qu'ils pourraient peut être accélérer le rythme du processus d'évolution, dans la plupart des cas, on arrive à domestiquer plus au moins les minorités agissantes si bien qu'elles ne peuvent pas servir de levain pour certaines tâches qui s'imposent à notre pays.

• Il y'a d'autres jeunes, qui étaient, et qui sont tentés par des surexcitations, plus moins irréaliste. L'Etat théocratique tente beaucoup les jeunes, et beaucoup de jeunes aujourd'hui, et à défaut d'une politique claire, se constituent en force de refus des principes démocratiques. Mais il ne suffit pas de dire «non … mais» ou «oui… mais». Le pouvoir ne peut pas passer son temps à manipuler de la dynamite, au risque d'exploser encore une fois. Il faut intégrer dans le projet des jeunes un aspect de refus pour tous les éléments négatifs de la situation actuelle mais aussi un aspect de construction. La plupart des jeunes cèdent un peu à la torpeur et parfois à un certain cynisme. Mais l'histoire n'est pas encore finie. L'on pourrait croire après tout que la violence émanant des banlieues relève d'une solution purement technique. En fait, on a bien souvent réussi à instaurer l'ordre là où avant régnait le chaos ; ou à réinstaurer l'ordre là où le chaos s'était glissé pendant un certain temps. Et dans une certaine mesure il s'agit bien, en effet, d'un problème technique. Pour combattre le crime effectivement, il faut identifier et punir les criminels.

c-3) Mais pourquoi le laxisme a pris place dans notre société?

C'est qu'une grande partie des Algériens abhorre l'emploi de la force, et l'abhorre indépendamment de l'usage qui en est fait. C'est cette opinion publique - ou, en tout cas, une opinion bien médiatisée - qui incite la police à ne pas faire ce qu'elle est normalement censée faire. La chose est simple : on ne peut pas faire de carrière au sein de la police sans soutien de sa hiérarchie. Les agents de police qui font prévaloir la loi contre l'opinion publique méritent certainement l'admiration de chaque personne de bonne foi. Mais d'un point de vue professionnel leur comportement est suicidaire. L'opinion publique décourage le courage ;

L'opinion publique décourage le courage ; elle promeut la prospérité des loups aux frais des brebis

c-4) Pourquoi cette perversion de l'opinion publique ?

C'est en partie parce que dans notre pays les fondamentalistes, ont pendant une vingtaine d'année, poursuivi une stratégie de légitimation de l'usage de la force contre ceux qui violent l'ordre public.

A notre avis, il y' a deux sources de civilisation : la Foi , qui détermine le fidèle à intérioriser les règles nécessaires pour la vie en société, et la Puissance de l'État. Pour sauvegarder la civilisation, il serait donc nécessaire de remplacer la religiosité par la force, si jamais l'esprit religieux est en régression. Ou instaurer une stratégie viable pour rétablir nos libertés est la sécession, sécession qui commence dans la tête de chaque individu et qui s'élargit et s'amplifie ensuite par la bataille intellectuelle.

c-5) Libéralisme et Sécurité : La violence

Ce qui se passe à l'heure actuelle dans les cités des banlieues et les villes dortoirs existe aussi dans certains quartiers de New York, où la police n'ose plus entrer. Ce n'est plus la loi qui y règne, c'est l'anarchie. Les agents de police combattus comme les forces d'une armée étrangère envahissante. voilà les symptômes de cette anarchie. Mais qu'est-ce qui l'explique?

Un seul facteur semble expliquer la plus grande partie de la violence qui menace les Algériens à l'heure actuelle. Ce facteur, c'est le laxisme et l'impunité. C'est l'État, après tout, qui a laissé entrer des milliers de personnes pour trouver refuge autour des villes déjà asphyxiées, et c'est le même État qui n'a pas pu ensuite faciliter l'intégration d'une grande partie de ces gens dans le monde du travail et donc dans la société citadine ; les jeunes des bidons villes ne peuvent trouver d'emploi initial qu'à des conditions inférieures à celles imposées par l'État, et pour un salaire inférieur au SMIG.

Face à cette calamité, c'est encore l'État qui a enfermé ces chômeurs dans les ghettos des HLM où ils vivent dans la dépendance permanente des aumônes publiques. Comment peut-on vivre dans ces conditions humiliantes ? On ne peut pas le faire longtemps sans se créer une raison, sans justifier son sort devant soi-même. Et malheureusement, les jeunes n'ont pas d'autre explication de leur sort que le rejet et la haine. Ils se croient rejetés et haïs par l'Etat. Alors ils rejettent et haïssent les Institutions et les Représentants de l'Etat , en retour, et ceux qui tendent à la violence y trouvent d'amples justifications de leurs méfaits. Ceux dont la forme de révolte préférée est moins violente ont créé toute une culture subversive basée sur la haine et le ressentiment.

Mais face à cette fausse interprétation de leur calamité, et à une réaction qui est d'autant plus fausse, que font les politiciens, que font les médias ? Ils disent que la haine des jeunes est justifiée et ils louent les productions «culturelles» de cette haine, en particulier, le rap glorifiant la violence et le graffiti défigurant les villes. Ceci est la banqueroute intellectuelle et morale de la classe politique.

c-06) que doit faire l'Etat ?

L'insécurité a atteint dans notre pays un niveau insupportable pour les citoyens. Après plusieurs années d'atermoiements, il est temps de mener un combat contre le laxisme et l'impunité. L'insécurité ressentie par les citoyens n'est pas un fantasme comme certains ont «naïvement» pu le croire mais bien une réalité confirmée par des chiffres de la délinquance ayant connu ces dernières années une augmentation sans précédent. Cela étant, l'insécurité n'est pas une fatalité.

c-07) Que vaut encore le policier ou le gendarme dans la cité?

Nous devons opter pour une police de proximité mais néanmoins il ne faudrait surtout pas mettre la charrue avant les bœufs en se lançant dans l'aventure de la police de proximité sans enquêter sur l'image que les populations ont des policiers? Que reste-t-il de la confiance que les populations se doivent d'avoir aux forces de sécurité? Un sondage préalable élargi à tous les usagers de la police permettra de lever les équivoques. Hélas, on semble se limiter à lever «la peur du gendarme et du policier» en passant sous silence ce qu'on peut penser de ce que ces personnes font ou ne font pas et surtout de l'impression que leur fonction laisse aux populations. Or, pour arriver à une «complicité positive» entre les forces de sécurité et les populations, il faut que chacun accepte de se remettre d'abord en cause.

c-08) Qu'est-ce que vous pensez de la justice?

«Si la justice veut changer ça, c'est trop compliqué, mais elle a les mains liées, elle est sous l'influence du politique et du Téléphone d'en haut, là est le problème». «Si la justice arrivera à s'imposer comme mode de Gouvernance, elle pourra imposer à tous le respect des lois, de soi, des autres, le vivre en ensemble dans notre différence, voter, agir civiquement.», «Parler de la justice. Cela ne veut rien dire quand elle n'est pas indépendante».

c-09) Qu'est-ce que vous pensez des émeutes?

«Des jeunes ont cassé des établissements scolaires, des institutions de l'Etat, même le privé n'échappe pas à la casse; pour réclamer leurs droits. La foule est sans tête, quand elle se soulève, c'est la razzia. On sait que c'est un manque de respect à notre histoire, à nos parents. Mais que voulez-vous qu'on fasse ? C'est le troisième mode de Gouvernance. Il faut casser pour que tu sois écouté. C'est désolant».«Il existe deux facettes à toutes les villes d'Algérie : celle de la visibilité et de la richesse acquise par le vol et la corruption, et celle de l'exclusion, de la misère et de la pauvreté. Les Mégaprojets, c'est l'arbre qui cache la forêt. Il y a encore des bidonvilles. Il y a des quartiers qui sont mis à l'écart, voir des régions toutes entières. Les mégaprojets : c'est l'ombre blanche et on laisse le reste dans le noir». «On n'est conditionné aux émeutes, il suffit de barrer la route pour que les autorités répondent favorablement à nos doléances.»

d) Les représentations des enjeux sociaux chez les jeunes

Un problème le plus crucial énoncé par les jeunes est celui du travail et du logement ; cette revendication est exprimée très souvent. «Le premier signe de démarrage de la vie pour un jeune, c'est déjà s'assumer tout seul, trouver du travail, un appartement et ça c'est difficile». Nous reprenons ici les extraits les plus significatifs. «Un père de famille a déposé une demande de logement au deuxième jour de son mariage, c'est sa fille, âgée de 30 ans qui lui annonça la «bonne nouvelle». «Pour prétendre à un logement, il faut que tu sois marié… Pour prétendre à un emploi, il faut de l'expérience…C'est un dilemme…» «Beaucoup de mariés ont fait une demande de logement, c'est que tous les ans il y a environ autant de demandes, et autant de mariages. Donc vous imaginez les demandes qu'on a chaque année et les logements qui sont construits. «autre problème les loisirs, on étouffe». Ces jeunes éprouvent plusieurs choses à la fois : le sentiment que les villes accueillent beaucoup de personnes aux revenus modestes et qu'il est difficile de répondre à leurs besoins. Ils disent aussi qu'ils ne connaissent pas bien les règles qui régissent l'accès au logement, ni ce qu'elles signifient. Ils établissent un lieu direct entre l'accès au logement, la responsabilité de la municipalité et des élus.

d-1) vous pensez que les politiques peuvent faire quelque chose ?

«Non, ils ne s'occupent pas de ça». «Les jeunes qui arrêtent le trafic, le vol et la violence, c'est parce qu'ils trouvent un boulot qui rapportera un peu d'argent. En fait cela rapporte de l'argent pendant 3 mois ou 6 mois et après on se retrouve au chômage. On revient à la case de départ : C'est le trafic, le vol et la violence». «Oui, les politiciens peuvent faire beaucoup de chose. Pour le Nord, nous pouvons construire autant de villages touristiques sur les 1200 Km linéaires. Une dizaine de port de pêches avec des vrais chalutiers à la japonaise. Un dizaine de villages touristiques sur les monts de Djurdjura, de Blida, de Batna… Aux Sud, trois ou quatre villages touristiques, l'agriculture pour les jeunes dans le Sahara avec à la clé la construction de deux ou trois villes… Regardez par vous-même ce que cela pourrez générer comme travail...»

d-2) Les questions relatives à la délinquance les préoccupent

«Les jeunes en ont marre de la délinquance, de la violence. Ce n'est pas du forcément à la misère, c'est la responsabilité directe des parents» «L'environnement sociopolitique est facteur de mauvaise influence. Les parents devraient jouer leur rôle important. Jusqu'à 14 ans.». «Dans la cité populaire, il y a des codes : C'est une microsociété, une société dans une société .Cependant, plusieurs expriment leurs inquiétudes face aux attitudes passives de la police.». «La montée du fondamentalisme dans nos quartiers, c'est un problème, et de plus en plus de jeunes désœuvrés sont d'accord avec eux». «C'est important d'améliorer le cadre de vie pour les jeunes. C'est-à-dire leur permettre d'aller dans plus d'endroits», «Il faudrait que les politiques pensent à décentraliser, les maisons de jeunes, au plus près des habitants, des jeunes». «On aspire à une meilleure place dans la société. On veut respecter les lois. On a des droits et des devoirs. Pour nous, c'est fondamental. On n'est pas des rejetant de la Société». «Quand on veut du travail, on n'en trouve pas. On veut être utile.»

A suivre

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MessageSujet: Re: Les jeunes en Algérie   Mer 11 Aoû - 17:40

5ème partie

e) Les représentations des jeunes de leurs possibilités de s'impliquer dans la vie sociale et politique

E-1) Les représentations du politique

Les jeunes se sont beaucoup exprimés sur les rapports entre l'engagement et le politique. Ceci signifie que les jeunes qui ont accepté cette démarche sont intéressés par ces questions. Ils mettent souvent en lien leur implication associative et cette réflexion à propos du politique. «S'engager politiquement ? On nous a toujours appris qu'être dans une association, c'est faire de la politique. Peu de jeunes ont une bonne situation, Par contre, beaucoup sont malheureux. Les politiques savent tout ça. L'idéal de la politique, c'est partir de la même base, c'est l'équité. Or il se trouve qu'elle (équité) n'a pas le droit de cité. .Pourquoi s'engager politiquement, Alors, qu'il y' a des femmes et des enfants, dans les rues, à même le sol dans ce pays riche». «Le jour du changement viendra et l'engagement politique évoluera ; il ne sera pas constant. Ce jour là, la discussion politique portera sur le numérique, sur l'internet, sur la nanotechnologie, sur l'environnement. Le monde appartient aux peuples scientifiques.», «On ne voudrait pas s'engager politiquement pour défendre que quelques idées : la famine, la misère. La politique idéale n'existe pas; Une politique porteuse c'est que tous les besoins primaires, les besoins vitaux soient satisfaits. Etre riche n'est pas la priorité, La vraie politique permettra de manger à sa faim d'avoir de l'eau potable, de gagner sa vie par ses propres moyens, de vivre dignement. Quand on enlève la dignité aux hommes on doit tirer la sonnette d'alarme.», «La politique, c'est ce qui est censé établir des règles, laisser le droit de parole, laisser une base qui est censée inscrire les personnes d'un pays. La politique, c'est fondamental dans un pays, sinon c'est l'anarchie.». «Pour les jeunes, la politique c'est un peu flou dans notre tête. Ils ne veulent pas s'engager dans la politique. On se retrouve avec des élus qui ne nous représentent pas. La politique : ça ne marche pas. Ils croient que ce n'est pas fait pour eux. Je ne suis pas engagée dans la politique, ni militante dans un parti. J'ai des idées, des valeurs. J'ai des amis, quand on parle, je leur prends la tête.». «Le pouvoir est ailleurs je pense, dans l'économie. Ceux qui ont l'argent». «La politique, c'est elle qui régit la cité.

C'est un mode d'organisation. Celui qui fait la politique en Algérie, c'est le «notables préfabriqués». Nous lambdas sommes incapables d'avoir une action politique. La politique en Algérie, «c'est noble». On est arrivé à un point où on n'a plus d'espoir. Depuis 1962, il n'y a pas d'alternance.», «Au niveau local : ce n'est pas les mêmes intérêts. Il n'y a pas de changement direct au niveau national par rapport au niveau local. Le politicien devient riche par l'accès au pouvoir, avant il était pauvre.», «Comme le pouvoir, c'est l'argent, la démocratie est absente. On voit ce qui se passe à la télé.», «Pour d'autres élus, ils ont riches avant de rentrer en politique. S'enrichir soit même n'est pas le but rechercher dans l'accès au pouvoir. Ils cherchent le prestige et l'immunité. On devine pourquoi ?». «A ce train ou vont les choses, les fondamentalistes purs et durs prendront le pouvoir, via une voie démocratique, ils auront une capacité à détruire petit à petit l'appareil politique dans le sens où ils couperont petit à petit les ressources financières, bloquer la constitution, mettre le droit de veto dans tout les domaines liés à la jeunesse, à l'éducation des fille, aux loisirs et donc pour nous aussi, et aussi tout ce qui touche à la culture, tout ce qui touche à la connaissance, tout ce qui touche à la musique, à la passion tout ce qui fait qu'aujourd'hui on est plus ou moins équilibré serait amené à disparaître, on serait plus dans un Etat Républicain, mais dans une khalifa où l'on serait amené à se battre. Mais qui prendra les armes pour libérer la République. Là est la question ?». «Les médias, exagèrent, quand ils disent que les jeunes sont violents, qu'ils volent, qu'ils cassent, mais on connait beaucoup de jeunes qui travaillent et qui vont à l'école, des jeunes dont les parents sont divorcés, qui travaillent le week-end et qui sont à l'école la semaine et ils réussissent, on connait d'autres qui ont arrêté et qui n'ont pas pu se débrouiller et les médias, il ne faut pas qu'ils montrent des images négatives ; juste avant les élections présidentielles, ils n'ont fait que parler de l'insécurité et à chaque fois qu'ils parlent d'insécurité, ces politiciens montrent du doigt en premier les jeunes.»

e-2) Les représentations du sociale : La Citoyenneté

Nous retrouvons dans cette catégorie de liens déjà établis par les jeunes entre les problèmes sociaux, la citoyenneté et la politique. Cependant, plusieurs extraits d'entretiens sont particulièrement significatifs des liaisons qu'ils créent et des inquiétudes que cela peut générer : «Etre citoyen, c'est par exemple demander si ça ne gêne pas d'allumer une cigarette dans un endroit publique. Jeter sa poubelle par la fenêtre, c'est pas être citoyen. Stationner n'importe où, cracher par terre, ne pas respecter les gens du quartier.», «On n'a l'impression qu'on abuse des droits. Se lever pour une personne handicapée, ce n'est pas être citoyen, c'est être humain.», «Est-ce que citoyen, ce n'est pas appartenir à une société. On est Algérien. On a envie de nous sentir citoyen du Monde. On se sent responsable. La citoyenneté, c'est se sentir appartenir à quelque chose. Se sentir responsable. Est-ce qu'on se sent intégré ?», «On a beau être citoyen, la politique nous enferme dans une honte quotidienne. Le Maghreb Arabe, Masre Echakika…On est fatigué…Nous sommes Algériens… Nous vivons uni dans notre différence… On n'a un ennemi redoutable… C'est le Sous Développement.». Nous retrouvons dans cette catégorie de liens déjà établis par les jeunes entre les problèmes sociaux, la citoyenneté et la politique. Cependant, plusieurs extraits d'entretiens sont particulièrement significatifs des liaisons qu'ils créent et des inquiétudes que cela peut générer : «A propos du Fondamentalisme et du rapport qu'il instaure avec les personnes en détresse sociale : c'est beaucoup des jeunes qui sont malheureux, qui sont en détresse sociale et morale mais il n'y a pas que ces jeunes-là qui adhèrent à leurs idées. Ils sont à l'écoute de ce public se trouvant dans une situation précaire. Dieu seul sait qu'ils sont beaucoup à vivre dans la misère.», «La précarité, elle nous tombe dessus à partir de l'école, il y en a apparemment qui sont pas fait pour l'école, donc ils arrêtent l'école et donc on se dit qu'il faut travailler et puis ensuite, on est trop jeune pour travailler donc on s'arrête et puis on se met à traîner dans les rues puis… C'est le vol dans les magasins, les agressions et puis après on se met à fumer, à boire et c'est la prison…On sort et on remet çà puis voilà quoi ,c'est le cercle vicieux.», «En plus, le problème c'est qu'on refuse pas mal aux jeunes, le travail, le logement ou autres, et bien on baisse les bras parce qu'on ne sait pas à qui demander, vers qui se tourner.», «La politique, c'est illégal, parce qu'elle s'adresse qu'aux riches, nous, ils s'en foutent, ils ne pensent pas à nous.», «Et puis aussi pour qu'il y ait plus de démocratie, il faudrait que le niveau de vie puisse être équilibré, et il faudrait des moyens».

e-3) Et les grèves ?

«Les jeunes en général ne sont pas organisés pour manifester.», «Les élèves, ça les arrange pour ne pas aller en cours.», «C'est courageux pour les profs de se mettre en grève. Je suis en Terminale, les jeunes ne sont pas concernés pas la politique. Par exemple, Les politiciens, ils s'en foutent.», «C'est une génération de j'men foutistes.»,«Il y a des gens qui font un mouvement des lycéens, des universitaires mais les gens se sentent pas vraiment concernés ni par les lycées, encore plus par les universités.», «Le lycée et l'université sont des lieux qui sont en dehors de tout ça ? C'est des lieux où la citoyenneté n'existe pas ? Ce n'est pas comme votre génération(des années 50/60), vous viviez pour un idéal…Pour nous c'est le réel, le concret qui compte.», «Regardez-vous, vous êtes universitaire, vous rasez les murs, vous ne bougez pas, vous ne faites rien pour que ça bouge…L'élite est morte…Quand l'université est en marge, rien ne va plus…la différence entre l'Elite est nous…Vous avez abandonné le combat…Nous sommes des hittistes l'Hiver et des trottoiristes l'Eté.», «On va vous étonnés peut être. Notre salut, c'est les filles. Elles sont majoritaires à l'université…Demain ce sont elles qui prendront les règnes du pouvoir…Compétence exigé…Nous garçons, on n'est pas branché sur les études poussées…Et puis, entre nous, nous avons montré nos limites…».

f) La représentation des femmes en politique

La participation égale des femmes et des hommes à la vie politique est l'un des fondements de la démocratie. Malheureusement, en politique, l'égalité entre les sexes est restée un idéal plus qu'une réalité. Malgré tout l'intérêt que porte la constitution Algérienne à cette catégorie à la représentation des femmes dans les instances de décision politique et à leur impact sur le processus de prise de décision. Les femmes occupent, en 2010, quelques sièges aux deux chambres (Apn/Sénat), au niveau local (Apc/Apw). Au niveau de l'exécutif, la situation n'est pas meilleure. En 2010, seuls 03 portefeuilles ministériels ont détenus par des femmes, lesquelles sont aussi en minorité aux postes les plus élevés de l'Etat:01 femme wali ; 01 femme général, 01 femme à la cours suprême.00 femmes au conseil constitutionnel. No comment !

Les facteurs entraînant une sous-représentation des femmes en politique sont nombreux, ce qui non seulement constitue un gaspillage de talents mais aussi fragilise la démocratie. Le facteur le plus important aboutissant à la sous-représentation des femmes en politique est le fait que la plupart d'entre nous - même vivons encore dans une société où les attitudes, les usages et les comportements déresponsabilisent les femmes dans la vie publique, les discriminent et les emprisonnent dans des rôles-modèles prescrits et dans des stéréotypes selon lesquels elles «ne sont pas faites» pour la prise de décision et la politique. Aussi les politiciens de l'intérieur du pays, confirment l'idée que «pour les hommes, la politique constitue une profession tout à fait accessible, tandis que tel n'est pas le cas pour les femmes».

f-1) Le système électoral: pour une présentation proportionnelle

L'une des conclusions les plus nettes est que les pays appliquant un système de représentation proportionnelle comptent une proportion plus élevée de femmes dans leurs parlements que ceux appliquant un système de scrutin majoritaire. Les systèmes électoraux mixtes (par exemple, les systèmes mixtes avec compensation proportionnelle) semblent plus favorables à la représentation parlementaire des femmes que les systèmes majoritaires, mais moins propices à l'élection de femmes que les systèmes de représentation proportionnelle traditionnels.

Choisir un système électoral plus propice à la représentation des femmes devrait donc automatiquement servir également aux candidatures de jeunes. En général, les circonscriptions plurinominales sont jugées plus favorables à la désignation et à la représentation des femmes que les circonscriptions uninominales. La raison avancée est que les circonscriptions plurinominales permettent d'équilibrer les partis entre les sexes et, de ce fait, représentent divers intérêts internes aux partis, renforcent la cohérence des partis et attirent les votes des électrices.

La taille des circonscriptions plurinominales semble aussi jouer un rôle. D'aucuns estiment que plus elles sont grandes, plus les femmes ont de chances d'être désignées comme candidates et élues. Reste que la taille d'un parti -c'est-à-dire le nombre de sièges que le parti gagne ou compte gagner dans telle ou telle circonscription- joue parfois un rôle encore plus grand. Il semble, en effet, que seuls les partis prévoyant de remporter plusieurs sièges dans une circonscription pratiquent vraiment l'équilibrage des candidatures (ce qui est favorable aux candidates).

Les seuils légaux -qui fixent la proportion minimale des suffrages que doit recueillir un parti pour se voir attribuer des sièges- ne doivent pas normalement favoriser la représentation féminine, car les petits partis pouvant représentés les intérêts des femmes sont exclus de la représentation parlementaire. Toutefois, dans la pratique, grâce au seuil légal, seuls les partis de taille relativement importante accèdent au parlement -ils profitent même de l'exclusion des petits partis. Or, comme ils ont davantage de place sur leur liste de candidats, ils peuvent plus facilement désigner des femmes et leur permettre d'obtenir un mandat.

Nous pensons que le seuil minimal à la représentation de la femme sur les listes électorale en Algérie devrait être de 40%. Aussi, pour obliger le pouvoir à instaurer l'équité, nous devrions changer le système électoral : Supprimer les listes bloquées(les partis politiques déterminent l'ordre dans lequel leurs candidats se verront attribuer des sièges éventuels, et l'électeur approuve l'intégralité de la liste sans pouvoir modifier cet ordre). En revanche, avec les listes ouvertes, l'électeur peut exprimer sa préférence pour des candidats particuliers, modifiant ainsi l'ordre de placement sur la liste. Avec les listes libres, l'électeur peut même choisir entre des candidats de différentes listes. Quel est le type de liste le plus avantageux pour la représentation des femmes?

f-2) Le système électoral: L'impact des quotas par sexe

Ces dernières années, un nombre impressionnant de pays à travers le monde ont adopté des quotas électoraux par sexe, et encore plus nombreux sont les pays où les partis politiques appliquent, en plus ou à la place des quotas légaux, des quotas volontaires. Il convient cependant de faire ici un avertissement : tous les quotas ne sont pas les mêmes. La véritable différence entre les différents types de quotas n'est pas vraiment de savoir s'ils sont obligatoires ou non, mais plutôt de se demander s'ils sont axés sur les moyens ou sur les résultats. Un quota de moyens ne garantit pas que les femmes soient effectivement élues, contrairement aux quotas de résultats.

En règle générale, plus les partis appliquant volontairement des quotas par sexe sont importants, plus l'impact de ces mesures auront une représentativité de la femme su la scène politique. Toutefois, les quotas volontaires appliqués au niveau des petits partis peuvent aussi avoir un impact sur la représentation des femmes, étant donné l'effet de «contagion» sur les partis concurrents de même idéologie politique, qui peuvent alors se sentir obligés de suivre l'exemple pour rester compétitifs dans la course électorale

f-3) Considérations supplémentaires

En théorie, la représentation parlementaire des femmes est particulièrement favorisée par le système électoral suivant: scrutin de liste proportionnel dans une grande circonscription et/ou une circonscription recouvrant l'ensemble du territoire national avec un seuil légal, des listes bloquées et un quota obligatoire prévoyant non seulement une forte proportion de candidates, mais également des règles strictes de placement de ces candidates sur les listes (dans le cadre, par exemple, d'un système d'alternance hommes/femmes) et des sanctions efficaces en cas de non-respect.

De surcroît, les mesures visant à améliorer la représentation des femmes peuvent parfois entrer en conflit avec d'autres objectifs -par exemple, garantir une représentation parlementaire équitable des petits partis et améliorer la relation entre les électeurs et leurs représentants :«pour renforcer efficacement la représentation descriptive et substantielle des femmes en politique, la réforme de la législation électorale ne saurait suffire; une approche beaucoup plus large et plus complète s'impose. Néanmoins, une telle réforme- à condition d'être bien idiotçue et efficace -peut faciliter un tel processus.»

On part du principe qu'il existe un lien fondamental entre la démocratie et un véritable partenariat femmes-hommes dans la gestion des affaires publiques et que, par conséquent, il faut mettre un terme à la traditionnelle mise à l'écart des femmes des structures étatiques qui déterminent les priorités politiques et législatives. Les femmes butent contre des obstacles à plusieurs niveaux:

• Avant tout, elles doivent décider de s'engager dans l'arène politique, et être en mesure de le faire.

• Pour prétendre siéger au parlement, elles doivent persuader leurs partis politiques (ou les responsables de ces partis) de les présenter comme candidates.

• Elles doivent remporter l'élection.

Les attitudes culturelles dominantes constituent le deuxième facteur de poids pour dissuader les femmes d'entrer en politique- et, ce qui n'a rien d'étonnant, l'un des moins importants pour les hommes. Pour que ces attitudes changent, l'ensemble de la population doit être convaincue que les femmes font d'aussi bons législateurs que les hommes: des campagnes de sensibilisation et une éducation civique sensible au genre semblent donc s'imposer. Et là les mass-médias pourraient jouer un rôle important dans la sensibilisation de la société quant à la participation effective de la femme en politique.

Aussi, Les partis politiques -et le pouvoir invisible- maintiennent un ferme contrôle sur la sélection des candidats se présentant aux élections, ainsi que sur la détermination de l'ordre des candidats sur les listes électorales. Ces «gardiens», en général, des instances fermées entretiennent souvent des réseaux d'anciens qui empêchent les femmes d'infiltrer la direction des partis. En l'absence de règles claires (quotas, par exemple), la sélection des candidats et la détermination de l'ordre de placement sur les listes électorales sont donc souvent dominés par des responsables masculins, ce qui entrave l'accès des femmes au corps législatif. Pour que cette situation change, les partis doivent s'ouvrir aux femmes et modifier leur perception de la gente féminine.

A suivre

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