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 Le cothon

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MessageSujet: Le cothon   Mar 26 Avr - 11:56

Extrait liminaire d'un texte intégral en libre accès disponible depuis le 27 janvier 2009 sur http://mediterranee.revues.org/index1892.html.

1) Les archéologues s’accordent à définir un cothon comme un bassin portuaire creusé et débouchant sur la mer libre par l’intermédiaire d’un chenal (Hadjidaki, 1988 ; Debergh et Lipinski, 1992 ; Frost, 1995). Cette définition, qui se base sur différents auteurs antiques, a permis d’associer le terme de cothon à six ports antiques (Carthage, Mahdia, Phalasarna, Motyé, Rachgoun et Jezirat Fara’un) qui, quelquefois, n’ont jamais été nommés ainsi dans l’Antiquité . Les progrès relativement récents de l’archéologie portuaire justifient une mise au point sur l’utilisation du terme. Ce travail de synthèse se donne pour objectif, en s’appuyant sur les dossiers philologiques et archéologiques, de proposer une nouvelle définition archéologique du cothon, en insistant sur la technique mise en œuvre, sa diversité et son origine.

Les sources antiques

2) Chez les auteurs gréco-romains, le terme de cothon peut avoir, en plus d’une utilisation attestée en tant que nom propre, deux significations différentes. Chez certains auteurs grecs (Athen. XI ; Plutarque, Lycurg., 9 ; Pollux, Onomasticon, VI, 16 ; Xénophon, Cyropédie, I, 2, Cool, un cothon (Kvύv) est un vase à boire d’origine lacédémonienne. Ce vase rond à anse unique, avait un rebord épais à l’embouchure et un col rentré à l’intérieur . Il pouvait être en argile et utilisé spécialement par les marins et les soldats, ou en bronze et placé comme offrande dans les temples (Viedebantt, 1922 ; Daremberg et Saglio, 1962-63).


3) La deuxième signification du terme, celle qui attirera toute notre attention, est celle qui en fait une technique d’aménagement portuaire. Les sources les plus anciennes, autour du changement d’ère, associent systématiquement le terme de cothon au(x) fameux port(s) de Carthage ou à celui d’Hadrumète (l’actuelle Sousse en Tunisie). Chez Appien (Lib. 127), le Kvύv semble se rapporter aux deux bassins, rectangulaire et circulaire, de Carthage. En revanche, chez Strabon (XVII, 3, 14), la mention des hangars à navires en périphérie du bassin semble se rattacher uniquement au port circulaire. Quant à Diodore de Sicile (ier s. av. J.-C.) il indique simplement que le port de Carthage était connu sous le nom de Kvύv (III, 44, 7-Cool.

4) À Hadrumète, l’existence d’un cothon est mentionnée à trois reprises dans le Bellum Africum (62, 5 ; 63, 4 ; 63, 5), attribué à César. Ce port était le refuge des navires militaires de Varus. Nous noterons que A. Bouvet, l’auteur de la traduction dans l’édition des Belles Lettres (1949) traduit cothon par « port intérieur ».

5) Les sources antiques visant à définir le port de type cothon semblent en partie reposer sur un passage de Virgile (71 av.-19 ap. J.-C.) relatif aux ports de la Carthage augustéenne : « Hic portus alii effodiunt » (Aen., I 427) : le cothon de Carthage est alors un port creusé. Deux commentateurs de l’Enéide de Virgile, ont proposé une définition du terme appliqué aux ports de Carthage. Le premier Servius écrit : « Cothona sunt portus in mari, non naturales, sed arte et manu facti » (in Verg. Aen., I 427). Il insiste sur les caractères artificiel et maritime du cothon, sans aucune précision sur la technique par laquelle il fut élaboré. Un deuxième commentateur de Virgile, le Deutero-Servius, nous donne la définition suivante : « Portus effodiunt, ut portus scilicet faciunt. Et vere ait, nam Carthaginienses Cothone fossa utuntur, non naturali portus ». On retrouve ici le caractère artificiel du cothon, ainsi que la technique du creusement mentionnée par Virgile. Il est intéressant de noter que le Deutero-Servius sous-entend que le creusement des ports était une technique courante.

6) Deux autres auteurs latins nous proposent une définition du cothon, il s’agit de deux grammairiens latins, Sextus Pompeius Festus et Lactantius Placidus. Selon Festus : « Cothones appellantur portus in mari interiores arte et manu facti » (De verborum significatu, III). L’auteur insiste ici encore sur les côtés maritime et artificiel du cothon. De plus le qualificatif interiores, qui se rapporte à portus et non pas à mari, pourrait faire allusion à un port situé à l’intérieur de l’enceinte, ce qui est largement décrit par Appien à Carthage (Lib. 96). Finalement Lactantius Placidus (Glossae V, 19, 13) mentionne : « Coton cubiculum graece КOƖƮVѴ est. (cotonem) ergo quod Carthago habet, in quo naves clauduntur, recte cubiculum dicimus ». L’auteur préfère au terme de port, le mot cubiculum (chambre) que nous tendrons à lire « bassin ». Il mentionne également un équivalent grec : КOƖƮVѴ. Un autre intérêt à cette définition est la référence qu’elle fait au port de Carthage.

7) Quant à l’origine étymologique du terme, deux écoles s’opposent. La première, « sémitisante », rattache le terme cothon à une racine sémitique que l’on retrouverait dans l’arabe qattar (tailler, couper), et qui s’accorderait avec le sens de port. Cette racine n’est pourtant pas attestée dans les textes sémitiques anciens et le seul rapprochement possible étant avec la racine qtn (petit), que l’on retrouve en akkadien (qutanu : parcelle) (Debergh et Lipinski, 1992). La seconde école, « hellénisante », donnerait au terme une origine grecque (Hadjidaki, 1988). Si cela peut être le cas en ce qui concerne le nom d’une céramique, le seul indice qui en ferait un port est une similitude de forme entre le vase cothon et le port circulaire de Carthage.


Cool Si les auteurs antiques identifient comme cothon les ports de Carthage et d’Hadrumète, seul celui de Carthage nous permet une étude archéologique. À Hadrumète, les travaux archéologiques n’ont jamais pu mettre au jour les vestiges d’un tel aménagement (Foucher, 1964). Cependant, la présence des vestiges archéologiques permet d’associer le terme de cothon aux vestiges de six ports antiques. Ces sites sont : Carthage et Mahdia en Tunisie, Phalasarna sur la côte occidentale de la Crète, l’île de Motyé en Sicile, et l’île de Rachgoun en Algérie. Jezirat Fara’un, également une île, se trouve en mer Rouge, (...) au fond du golfe d’Aqaba. Tous ces établissements ont en commun la présence du noyau constitutif d’un cothon : un bassin et un chenal qui lui donne un accès à la mer libre. Chacun présente cependant des caractères qui lui sont propres, autant par leur nature que dans leur conception.


Les sources archéologiques

9) Le vaste complexe de Carthage est composé par un chenal débouchant sur la mer libre, sans doute au niveau du port extérieur, mais dont le tracé reste à préciser ; d’un bassin rectangulaire, également appelé « port marchand » ; et d’un bassin circulaire, le « port militaire ». Le chenal reliant le bassin rectangulaire à la mer libre, au niveau du quadrilatère de Falbe, est aujourd’hui comblé. Une étendue d’eau visible dans les années 1930 pourrait en avoir constitué un vestige (Baradez, 1958). Le port rectangulaire est long de 400 m et large de 150 m, sa profondeur dans l’Antiquité a été estimée à 2 m (Hurst et Stager, 1978). Les fouilles de la berge ouest ont mis au jour un quai construit de gros blocs (2,3 x 2,2 x 0,75 m) en grès d’El Haouaria, les assises les plus basses ont été appareillées sans liant. Le creusement de ce bassin a été daté de la fin du ive-iiie s. av. J.-C. (Stager, 1992). Quoi qu’il en soit, son antériorité sur le port « militaire » ne fait aucun doute. En effet, le port circulaire (325 m de diamètre et profond de 2 m) fut creusé au milieu du iie s. av. J.-C. (Hurst et Stager, 1978 ; Hurst, 1993). Il comporte un îlot central de 125 m de diamètre, l’îlot de l’Amirauté (fig. 4) d’après le récit d’Appien (Lib., 96), qui donne au plan d’eau l’aspect d’un anneau large de 100 m. Cet îlot était traversé au nord par une passerelle joignant l’îlot au rivage. La totalité des berges ont accueilli quelques 180 hangars à navires (30 sur l’îlot et 140 en périphérie du bassin). L’extrémité extérieure des rampes de l’îlot était posée sur un mur de quai, dont la technique de construction est identique au quai du port rectangulaire. La communication entre les deux bassins se faisait grâce à un chenal dont la trace subsistait encore au XIXème S. de notre ère (Hurst, 1975-80 ; 1992 ; 1993).
(...)
Le cothon de Rachgoun est le plus modeste que l’on puisse rencontrer. Une échancrure, large de 1,8 m, taillée dans la falaise qui borde le côté est de l’île, constitue le chenal d’accès à un bassin rectangulaire de 20 x 15 m de côté, taillé dans le pouzzolane et dont le fond s’incline légèrement en direction du large (Vuillemot, 1965). Les dimensions réduites des aménagements rendent son utilisation comme port douteuse. Les fouilles de G. Vuillemot (1965) ont révélé une nécropole et un habitat de faible superficie dont le matériel daterait l’occupation de l’île de la deuxième moitié du VIIème s. et du VIème s. av. J.-C. (id.). Ce modeste bassin aurait alors constitué le seul abri où les barques pouvaient être échouées.

(...)

Article complet disponible sur http://mediterranee.revues.org/index1892.html

Nicolas Carayon , « Le cothon ou port artificiel creusé. Essai de définition », Méditerranée , 104 | 2005 , [En ligne], mis en ligne le 27 janvier 2009. URL : http://mediterranee.revues.org/index1892.html.
Auteur :
Nicolas Carayon
Université Marc Bloch, Palais Universitaire - 9, place de l’Université- 67084 Strasbourg Cedex; UMR 7044 « Étude des civilisations de l’Antiquité », CNRS.


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