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 Paul AUSTER:Interview

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MessageSujet: Paul AUSTER:Interview   Lun 26 Jan - 15:28

Le géant des lettres américaines sort de sa retraite avec un roman aussi troublant que surprenant. Rencontre.


Dans la chambre de son hôtel de l'Odéon, à Paris, l'homme est affable, souriant et soigné. Dans un français impeccable, l'Américain from Brooklyn s'excuse de sa fatigue : il revient à l'instant de Lyon, où il présentait son dernier livre, Seul dans le noir *.

Le roman vient enrichir une œuvre qui explore depuis trente ans le rapport entre réalité et fiction, l'écriture, l'identité, et ce qui peut bien se cacher derrière ce que l'on nomme le hasard. La Trilogie new-yorkaise ou La Nuit de l'oracle sont de parfaits exemples d'un monde où la normalité dérape, où le temps est soumis à des variations extraordinaires. Les personnages suivent leur trajectoire dans des récits gigognes et avec leur culpabilité, leur solitude.

Dans Le Livre des illusions, Paul Auster, qui fut poète et traducteur de littérature française à ses débuts, reprenait le propos de Chateaubriand dans ses Mémoires d'outre-tombe : « Les moments de crise produisent un redoublement de vie chez les hommes. » C'est justement un moment de crise que traverse August Brill, l'homme « seul dans le noir » de son dernier roman. En proie à l'insomnie, isolé dans la chambre qu'il occu pe chez sa fille, il s'invente « des histoires qui empêchent de penser » à ses difficultés. Alors, ce critique littéraire à la retraite se raconte l'aventure d'un magicien new-yorkais, Brick, qui se réveille au fond d'un trou où seul le bruit affolant d'une bataille lui parvient. Il en est tiré pour se voir affecter une mission : mettre fin à la guerre civile ravageant une Amérique « parallèle »...

Le Figaro Magazine - Les personnages que vous avez inventés ces dernières années ont plus de 60 ans et sont tous malades. Tel M. Blank de « Dans le scriptorium », votre précédent roman, et August Brill aujour d'hui. Faut-il y voir une nouvelle obsession dans votre œuvre ?

Paul Auster - Il y a une symétrie certaine entre Blank et Brill. Je considère Dans le scriptorium et Seul dans le noir comme un diptyque. Le premier se déroule sur une journée, le second en une nuit. Ces hommes sont seuls dans une chambre : l'un ne parvient plus à se souvenir, l'autre ne se souvient que trop. Je voulais au départ écrire un deuxième volet sur M. Blank, mais Brill a pris sa place dans ma tête. Quant à la maladie, je viens de terminer Invisible, un nouveau roman qui paraîtra aux Etats-Unis en novem bre. Le personnage principal a 20 ans et n'a aucun problème de santé !

Pour que tout se passe en une nuit, fallait-il que votre personnage soit insomniaque ?

La situation s'est imposée de façon organique. Cela vient de l'intérieur, jamais d'une décision initiale. Pour ma part, je ne suis pas insomniaque, j'ai seulement du mal, parfois, à me mettre au lit ! J'écoute ces personnages imaginaires, mais ils n'expriment pas mes angoisses - mon inconscient, éventuellement. Et puis, contrairement à Brill, un écrivain n'écrit pas des romans pour éviter le monde, mais pour l'affronter. Cet homme-là souffre beaucoup. S'il pense trop à ses ennuis, à ses pertes, c'est insupportable. Il veut survivre à cette nuit : que peut-il faire sinon se distraire en créant cette histoire ?

Comment le conflit irakien s'est-il imposé dans le récit ?

Cette guerre m'afflige. Mais l'idée a été déclenchée par la mort d'Uri, le fils de mon ami pacifiste David Grossman, écrivain israélien que j'admire énormément, à qui le livre est dédié. Uri est mort à 20 ans, en 2006, au Liban. Cela m'a bouleversé. Après cet événement, tout s'est cristallisé, et l'Irak a surgi.

D'un roman à l'autre, les histoires et leurs protagonistes se croisent de plus en plus souvent, à la manière d'une « Comédie humaine ». Est-ce devenu l'une de vos pré occupations ?

C'est un phénomène qui prend de l'importance, oui, mais légèrement, je n'insiste pas. D'une certaine manière, mes personnages sont liés, j'ai l'impression qu'ils se connaissent tous : Quinn, dans Cité de verre, Peter, dans Léviathan, et Willy, dans Tombouctou, sont des jeunes du même âge, étudiants de l'université Columbia à New York. Mais tout est possible.

Si tout est possible, pourriez-vous, comme Beckett que vous avez connu, écrire dans ce français que vous maîtrisez si bien ?

Oh non, pas en français ni dans une autre langue, c'est tout à fait impossible ! Mais dans le prochain roman, une partie de l'action se situe à Paris en 1967, puis en 2007. Si je n'écris qu'en américain, tout ce que je raconte ne se passe pas à New York.

Le « Voyage à Tokyo », du cinéaste Ozu, fait partie d'un très bel hommage au cinéma dans votre roman. Les personnages s'y montrent à la fois bienveillants et inquiets pour leur entourage. Comme eux, considérez-vous que « seuls les bons doutent de leur propre bonté » ?

Oui, je connais beaucoup de gens qui pensent toujours qu'ils sont mauvais, et c'est pour cette raison qu'ils sont bons. J'éprouve moi aussi des inquiétudes, ma fille a 21 ans, elle n'est pas beaucoup plus jeune que Katya, l'un des personnages de ce dernier roman. Mais bien que mon pays soit dans un désarroi presque total, j'ai de l'espoir et je suis heureux de l'élection d'Obama, l'une des meilleures choses que les Américains aient faites. Comme le disait Rose Hawthorne, que je cite dans mon livre : « The weird world rolls on » (« Ce monde étrange continue de tourner »). Car c'est un monde étrange, vous ne trouvez pas ?
* Actes Sud, 182 p.

In Le Figaro magazine 24/01/2009

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