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 Woody Allen

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MessageSujet: Woody Allen   Mer 3 Juin - 15:38

Alan Stewart Konigsberg, dit Woody Allen (en hommage au musicien de jazz de l'entre-deux-guerres Woody Herman -- Woody Allen, passionné de jazz, est lui-même clarinettiste) est né le 1er décembre 1935 à Brooklyn, dans une famille modeste.
Jusqu'à quinze ans, selon ses propres paroles, Woody Allen n'a fait que jouer au ballon, et s'est cultivé plus tard. Avec Harlene, sa première femme, étudiante en philosophie, il aborde les Pré-socratiques, Platon, Aristote, Dante, Thomas More... En 1952 il commence à envoyer des entrefilets comiques aux rédacteurs en chef. Suspendu de l'Université où il voulait étudier mais où son humour était mal perçu, échouant pour les mêmes raisons aux cours du soir du City College, il suit un cours d'Art de la Communication du Writer Development Program. Il écrit d'abord des sketches comiques pour les autres puis pour lui-même.
En 1960 il divorce d'avec Harlene qu'il avait épousée six ans plus tôt. Il cesse d'écrire pour la télé et passe à des one-man shows. Il débute sur scène au Duplex de Greeenwich Village en 1961 où il raconte des histoires comiques dans lesquelles se profile déjà le personnage du malchanceux, Schlemil rongé par la hantise du sexe, entre des psychanalystes à multiples visages, une mère étouffante dont l'oeil ne le lâchera plus, et des épouses muses, telles Diane Keaton dans les années '75, puis Mia Farrow dans les années '90.
A la tradition du comique juif, Woody Allen ajoute l'intellectualisme cynique new-yorkais.

En 1965, à la demande du producteur Charles Feldman qui le remarque dans un show, Woody Allen écrit le scénario de What's New, Pussycat?, y tenant son premier rôle au cinéma aux côtés de Peter Sellers. En 1966, commande d'un "détournement" de film d'espionnage japonais, Kizino Kizi, qui devient entre ses mains What's Up Tiger Lily ?. Deux succès consécutifs. Il monte des pièces à Broadway puis réalise en 1969 son premier film: Take the money and run. Nouveau succès. Attachant par son univers mais aussi par la position spécifique qu'il occupe dans le système de production où il est devenu indépendant, s'imposant comme un cinéaste à succès déjouant les pièges du cinéma commercial, représentant incontournable du comique juif américain, même s'il n'est pas le seul (certains défendent l'humour des frères Cohen comme étant plus subversif), Woody Allen joue avec les codes des divers genres cinématographiques et sur la pluralité des modes de représentation, procédé repris de temps à autres par de jeunes cinéastes français. Même en ce qui concerne la musique, il use de cette dynamique des rapports d'écriture. Woody Allen confirme par cette utilisation chaque fois plus ou moins décalée de la diégèse principale (il cultive l'art de la narration contrapuntique) la complexité de sa propre identité d'homme et de cinéaste, hommage assumé aux grandes figures du 7ème art: Bergman, Resnais, Godard, Fellini... ses maîtres. A côté de ses comédies et de ses mélodrames, genres souvent mêlés, il signe un drame pur, Interiors, en 1978.

Films policiers, parodiques, à sketches, fantastiques, expressionnistes, documentaires, historiques, musicaux et toujours philo-métaphysiques, fantaisie bergmanienne (Comédie érotique d'une nuit d'été), destin ambivalent d'un homme-caméléon (Zelig), comédie loufoque sur le spectacle (Broadway Danny Rose) se succèdent, où Woody Allen utilise toujours ses personnages pour diffuser ses valeurs. Et le public attend le dernier Woody Allen pour recevoir une nouvelle leçon d'existence ou se distraire devant un spectacle universel entre music-hall et poésie. En 1975, il réalise son premier film avec Diane Keaton, Love and death. Mais c'est Annie Hall en 1977 qui entame un cycle consacré aux femmes, grande préoccupation qui lui fera dire qu'il a échoué auprès des plus belles du monde.
L'autobiographie, par le miroir du couple qu'il forme dans la vie avec Diane Keaton, est un matériau créatif qui nourrit l'oeuvre en même temps que celle-ci recrée encore Allen, personnage et cinéaste voguant dans les méandres de ses propres niveaux de conscience. Consacré en France, qui lui rend la passion qu'il lui voue, il est boudé aux Etats-Unis où les chiffres expriment la marginalisation dont il a été peu à peu victime en son pays. Il ne cessa pourtant jamais de rendre hommage à New-York, notamment dans Manhattan, avec Diane Keaton, salué internationalement en 1980. Maris et Femmes (Husbands and Wives), en 1992, avec Mia Farrow, explore, dans le sillon d'un Cassavetes (Husbands), une crise matrimoniale, alors que la séparation du couple et le procès qui entâche la liaison que vit Allen avec sa fille adoptive agite les médias. Artiste qui ne finit jamais de peindre ses doubles.


Michel Marx, jeudi 14 avril 2005.

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