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 Souvenirs des années 70

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MessageSujet: Souvenirs des années 70   Jeu 19 Jan - 17:25

Voxpopuli : Qu’est-ce qu’on était heureux dans l’Algérie des seventies !
In quotidien Le Soir livraison du 19 janvier 2012

Le rythme de notre vie quotidienne avoisinait peut-être celui d'une grande ville occidentale. L'indice du bonheur collectif n'a jamais été aussi haut dans l'échelle conventionnelle.

Il n'existait pas cette solitude de l'homme au milieu de ses semblables et l'affreuse angoisse du vide culturel, sujets chers à F. Mauriac qu'il a exploré dans ses romans. Le passé, enraciné dans un désir d'éternité, serait ce une passion ? Sans coup férir, oui ! La passion représente la manière dont ce passé nous affecte.

Alger, des années de l'insouciance, était avant tout un lieu de mémoire hantée par l'esprit des saints : Sidi Abderrahmane - Sidi M'hamed - Sidi Yahia - Sidi Benour, qui cristallise certainement la douceur de la capitale. C'était aussi une ville où il faisait bon vivre, plutôt un petit coin de paradis ensoleillé.

Nous ne connaissions pas la surabondance de la société de consommation d'aujourd'hui : il y régnait une osmose avec notre environnement naturel et humain. Nous vivions simplement et chaleureusement. 1967, on avait vingt ans, chacun à son poste de travail, nous avions concouru modestement mais sûrement à l'instar de nos aînés qui nous ont précédés juste après l'indépendance dans le développement du pays. Jusqu'à la fin des années 1970, l'Algérie était le phare du Tiers-Monde, terme emprunté à notre ami Mâamar Farah. Qualificatif pas du tout usurpé dans la mesure où le faisceau lumineux émis à partir d'Alger balayait les deux continents (Afrique et Asie).

Cette époque que nous nommerons sans rougir des 15 glorieuses, l'Algérie était sur le point d'achever la première phase de sa révolution industrielle. Le peuple mélomane, amateur de la belle musique et féru des arts du numéro 1 au 9 suivant le classement du philosophe allemand (Baumgarten), ne vibrait pas tout au long de la journée au son des tam-tam, banjo, guitare électrique et derbouka. Il vibrait au son des machines industrielles, du vrombissement des moteurs sur banc d’essai et au hurlement des souffleries. Le pays conscient du danger que présentait la dépendance de nos richesses fossiles, l'industrialisation et la croissance économique, dès lors la panacée, devenaient une option fondamentale. Le but poursuivi consistait à inscrire toutes ces initiatives économiques dans la perspective des générations futures. Aujourd'hui, on s'évertue à dénoncer l'option idéologique avec une critique acerbe dirigée beaucoup plus sur la personne que sur les idées. Et si c'était une étape incontournable vers le protectionnisme éducateur qui a servi de tremplin aux puissances actuelles pour amorcer leur développement au XIXe siècle. Que voit-on aujourd'hui, après la crise qui secoue l'Occident ? Un retour vers un protectionnisme sous-jacent, relayé par la publicité média, conférences... tel l'incitation en France «achetez français». Trente ans plus tard, ce système considéré comme une idéologie utopiste, les tenants de cette idée doivent avoir lu ou entendu parler de «Utopia» de Thomas Moore, basée sur la confiscation de la propriété privée et la suppression de l'initiative personnelle, conduira inéluctablement le pays vers la faillite, dès lors que le nouveau regard politique basé sur la relation strictement économique traça le chemin du passage d'une économie centralisée à une économie de marché. Le passage fut tellement brusque que nous continuons de subir les fortes turbulences de cette nouvelle conception de la vie économique. Avec les avatars que comptent le capitalisme, le libéralisme, le néolibéralisme, l’ultra-libéralisme, il reste typiquement une création occidentale dont le père fondateur n'est autre que le philosophe anglais John Stuart Mill pour avoir fait ses preuves. Il montre aujourd'hui ses limites pour avoir des conséquences dramatiques. Le capitalisme outrancier s'essouffle, glorifié hier, décrié aujourd'hui par ses plus fidèles partisans. Les turbulences économiques, sociales, revendications, grèves paralysantes, etc., c'était de l'autre côté de la Méditerranée capitaliste.

Chez nous durant ces années-là 1960/1970, on coulait des jours sereins. Habitués à notre nouveau bonheur de salariés, aucun d'entre les amis, collègues de travail ne lésinait sur la dépense pour se vêtir en zazou. Nos habilleurs, chausseurs : Samrico, Brumell, El- Kahina, Richardstone, Vasile, Sonitex, Redman, Ballay, Roig, Districh étaient des hommes de métier. Leur fonction était une valeur qui dépasse l'aspect du gain. Ils mettaient en avant leur longue expérience, la qualité du travail ou de la chose et du service plutôt que le prix qui n'indique que la valeur marchande. Quel que soit le modèle économico-politique (minimaliste ou constructiviste), ils s'inscrivaient dans le cadre d'une approche plus générale, le «sacerdoce» dans l'exercice de leur métier : c'est la notion de «savoir-faire». Nos maîtres tailleurs, chemisiers, habilleurs, confectionneurs, chausseurs ont rompu avec l'archaïsme marchand bien avant le développement économique des grandes artères d'Alger et l'attrait d'un niveau de vie et d'une ambiance urbaine valorisés par une publicité média redondante. Durant ces années bonheur, période de référence mondiale de l'engagement pour la paix, la justice, le droit à la vie décente, repris par les icônes de la chanson. Nos commerçants œuvraient dans le contexte où le marché n'était pas l'ennemi, mais une procédure simple qui organisait un juste échange. Il ne faut pas se leurrer, la mode de Paris, Londres un mois après arrivait à Alger. Nous nous rappelons qu'au mois de juin de l'année 1967, nous avions acquis auprès du défunt grand magasin de la rue Larbi Ben M'hidi «Brumell» deux costumes col Mao signé Thierry Muggler, costumes que nous avions enfilés un certain 23 septembre 1967, pour fêter avec des amis notre anniversaire. De ces fabuleux magasins, aujourd'hui, il n'en reste qu'un seul El-Kahina qui tient tête aux arrivistes, ayant submergé les hommes de métier obligés pour la plupart de baisser rideau sinon vendre fonds et mûrs tant que l'entrée d'un grand cinéma d'Alger Le Régent n'épingle plus à son tableau affiches et séquences du film à projeter mais des affichettes de solde. Personne parmi le groupe que nous formions, amis et collègues de travail des deux sexes, n'était à court d'argent. Pour cela, on avait opté pour le truc de la «Tontine» système de prêt entre amis.

Nous ne nous lasserons pas de faire louange à Dieu pour avoir profité pleinement de cette période faste qu'a connue la grande Algérie. Nos loisirs durant le week-end, jours fériés et congé annuel de détente si on n'allait pas faire un tour du côté de Palma de Mallorca ou dans les pays de l'Europe de l'Est avec la dynamique association de voyage Nedjma, créée par le regretté Aek Cherradi, ou Londres, Amsterdam, Copenhague, Stockholm, pour retrouver nos charmantes amies avec lesquelles nous échangions une correspondance par l'entremise d'un organisme mondial de la jeunesse (I Y S), basé à Turku en Finlande. L'inscription subordonnée à un paiement annuel représentant l'équivalent de vingt dinars algériens, en coupon réponse, acquis librement et sans entraves auprès de tous les bureaux de poste.

On était au courant de tout ce qui se passait dans le monde. On s'intéressait très peu à la politique. Notre dada s'articulait autour de la culture et des sports. A la page, rien qui ne traitait de la mode masculine, des arts toutes disciplines confondues, des inventions... nous était étranger. Dans la chanson et la musique on connaissait sur le bout des doigts la biographie des groupes, leurs succès et leurs meilleures ventes. A ce jour, il nous arrive fréquemment d'entendre «L'été indien» de Joe Dassin, sorti en 1975, qui nous rappelle notre vieil ami chroniqueur à la radio, le regretté Abdellah Benikhlef, à chaque mi-temps d'un match, il nous la passait. Le cinéma était notre premier hobby, surtout la Cinémathèque qui nous a fait découvrir tous les grands classiques, pour le souvenir nous conservons jalousement des tickets d'entrée, le plus ancien date de 1969. Nos loisirs ne se limitaient pas à la seule période de l'été et des repos hebdomadaires. On en profitait tout au long de l'année.

Alger, à cette époque, se couchait tard et se réveillait tôt. Déjà au travail quand arrivait la pause-déjeuner (on n'était pas encore aux heures continues), on ne se foulait pas la cheville pour chercher un endroit où on mange bon, bien et au moindre coût. On avait l'embarras du choix. On retrouvait tous les collègues pour faire un bon gueuleton, ce n'est pas de l'exagération, pour une modique somme on se régalait. - Un sandwich royal, steak, marinée aux fines herbes, moutarde ou harissa, selon le goût aux «5 avenues, rue Waisse ou la cantine de l'AS Mairie», située au sous-sol de la grande mairie, cantine spécialement conçue pour les athlètes du club qui s'entraînaient dans cette enceinte même. Si nos souvenirs sont bons, il y avait deux terrains un pour le hand et un pour le basket. Si le menu, riche, n’était pas à notre goût, on s'acheminait vers la cantine de notre cher «Télégraphe» la Grande-Poste ou encore celle des cheminots, rue Hassiba-Ben-Bouali. A cette époque, nos lieux de travail étaient concentrés au centre-ville. Quand c'était jour de paie, alors là c'était la grande fiesta : Mon Village, La Grenouille, Le Bosphore, La Pêcherie, Les Cales sèches. Quand on voulait revoir nos anciens camarades de classe, qui ont eu la chance d'aller à l'université, nous allions les retrouver chez «la Mère Michèle», tunnel des Facs.

Nos loisirs commençaient déjà tôt le matin. Avant de prendre notre service, on faisait une halte au kiosque (Abadji). Un nes-nes et un croissant de chez la Parisienne pour avoir les idées claires et entamer une journée de travail plein. A la sortie, à 17 h, quelle que soit la saison, on se retrouvait chez «Ali Tango, snack le Tafourah», ou le Bristol chez les deux frères ou encore le Novelty, ou la Quat'z art, l'une des plus anciennes enseignes d'Alger. De toutes les manières, ces grands cafés snacks avec : le Coq hardi- l'Université - Le Lotus - Le Bora-Bora - Le Tassili - Le Cyrnos - Le Monte- Carlo - Le National - La République - Le Tahiti - Le Strasbourg - Le Romano, se valaient tous par le service, la propreté et la clientèle. On se retrouvait aussi, généralement les weekends, après une séance de cinéma, surpatte ou un anniversaire, chez La Princière ou Fidélia, les deux meilleurs salons de thé de la place d'Alger. On avait déjà évoqué les «surboum, les fêtes, les anniversaires». On ne pouvait pas danser sans la musique et pour écouter de la musique, il fallait soit un orchestre ou un Teppaz et des disques Vynil. Les Beatles, les Rolling Stones, les Procol Harum, les Moody Blues, les Shadows, etc. on ne pouvait que les acquérir chez nos amis, les meilleurs de la place d'Alger : Krimo, «l'Usmiste» tunnel des Facultés ou chez «Vincent» librairie des Beaux-Arts, bien que celui-ci était spécialisé dans le jazz band et le jazz rock. Tous les samedis soirs on se donnait rendezvous pour un dîner dans de mythiques restaurants : Le Caracoya - La Colomba (de temps à autre, très cher pour notre petite bourse avec El-Baçour), Restaurant de France, Restaurant Noël, Restaurant Crampel, Chez Boutchitche. En été, c'était La Madrague : Sauveur - Le Grisbi- Ammi Tahar. Fortde- l'Eau : Christina - La Poste. Notre dancing pour jeunes et très peu connu, Au Son des Guitares. Les meilleures glaces que nous avons dégustées de toute notre vie, ce sont celles servies par les salons : Le Névé, rue Didouche-Mourad, et Le Mondial Milk, Belcourt. La présentation, le parfum aux fruits naturels n'avaient rien à envier à celles des Hagen Daas et Carte Noire. Nos clubs, nous avions deux select et très sérieux : Le S. Club, Bd Ben Boulaïd, Alger et Dares- Salam, La Madrague, animée alors par le regretté artiste international Mustapha Anwar, tous les grands artistes de l'époque se donnaient rendezvous. Nos meilleures salles de cinéma que nous fréquentions assidûment restent sans conteste : l'Algéria (ex-Versailles), le Volontaire (ex-Vendôme), Khartouba (ex-le Roxy), El Hilal (Triomphe) - Echabab (le Casino), le Capri et le Studio Aletti. Bien que nous n'ayons pas eu la chance de continuer nos études et aller à l'université, décrocher en fin de cycle une licence ou un diplôme d'études supérieures, nous n'avons pas pour autant abandonné notre passion de la lecture et de la découverte. Nous étions des clients fidèles auprès de trois librairies : Les Beaux-arts, la Croix du Sud et L54. Le meilleur souvenir que nous conservons est sans aucun doute la journée du 23 septembre 1967 où nous avions Bob, Achour et Aziz fêté nos 20 ans dans la superbe villa de notre regretté ami et frère El Hadj Lahmer. Une fête sympathique entre amis animée par le fabuleux orchestre les Apollons. Nous avons dansé et ri aux éclats. Une journée formidable que nous ne sommes pas près d'oublier. Le lendemain, c'était une virée sur Chréa que notre charmante amie Nadia que nous avions surnommée «la blonde aux yeux kaki» avait prise en charge en guise de cadeau d'anniversaire. Un chalet, déjeuner dansant animé par Les Algers. Nous avions retrouvé notre ami Mahfoud qui avait formé ce groupe mythique, d'ailleurs c'est le premier orchestre pop, si le terme s'y prête, pour avoir balisé le chemin qui donnera naissance à d'autres groupes comme les Icosiums.

S'il s'agit pour nous de mettre une époque en face ou devant un miroir, et d'y faire se refléter personnages, événements, rencontres, amitiés, voyages, aventures ; bref, tout ce qui fait la vie quotidienne de cette époque bénie des saints, sans citer des symboles d'architecture et de merveille comme les grands magasins d'Etat qui faisaient le bonheur des familles, aurait été une omission gravissime. «Au Bon Marché», rue Larbi-Ben-M'hidi, superbe magasin , en y entrant déjà, une odeur agréable, une sorte de mélange parfait de fleurs odorantes vous monte aux narines. Les rayons tenus généralement par des jeunes filles, femmes, dans une tenue correcte, vous incitaient à l'achat. Dans la même enceinte mais une entrée séparée, au dernier étage se trouvait le magnifique et mythique «l'Alhambra», rendez-vous des penseurs, cinéastes locaux et étrangers de passage à Alger dans le cadre d'un cycle qui leur est consacré par la Cinémathèque du 26, rue Larbi-Ben-M'hidi «le club» des écrivains et des bédéistes, comme le talentueux Slim pour peaufiner une nouvelle aventure de «Bouzid et Zeïna». Ce lieu nous rappelle aussi notre regretté camarade de classe et houma Terki Med, agent spécial, chargé de la sécurité. Les Galeries Algériennes (ex-Galeries de France). Quand on entrait à l'intérieur, on avait comme l'impression d'être aux Galeries Lafayette, mais en plus petit. Tout était parfait à l'instar des grands magasins européens. On y trouvait de tout. Une visite suffisait pour vous combler d'une aura de bonheur. Pour dire, on était bien dans notre peau. Heureux et sans souci dans cet Alger qui brillait de mille feux. Les étrangers de toute nationalité : hommes d'affaires, politiques, artistes, touristes ne manquaient pas de faire escale dans cette capitale, connue des cinq continents.

L'ennui, c'était quelque chose d'étrange pour nous. Nous n'avions jamais ressenti du néant dans notre existence. La culture était partout, même chez soi, à l'usine ou au bureau, bien avant l'avènement du marketing (cette science des affairistes), on savait déjà ce que c'était la «culture d'entreprise». Malheureusement, cette culture saine dans laquelle nous baignions, quelques années plus tard fera l'objet d'une destruction massive jusqu'à en perdre nos repères. Tragédie qui nous renvoie à S. Freud dans son célèbre ouvrage Malaise dans la civilisation où il s'interroge sur la culture et ne peut s'empêcher d'être pessimiste. Les hommes, constate-t-il, ne supportent pas longtemps la civilisation. Il leur prend à la longue le désir de la détruire. C'est ce qui nous est arrivé 45 ans après.

Achour Soudani. Bob. Med (Belcourt)

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