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 De l'Amour

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MessageSujet: De l'Amour   Mer 7 Oct - 11:51

Depuis Stendhal et son essai sur l'amour "De l'Amour", je ne m'étais plus intéressé à la conceptualisation de l'amour, au discours philosophique sur l'amour, puis aujourd'hui je suis tombé sur ce petit débat philosophique entre Sylviane Agacinski et Pascal Bruckner, que j'ai apprécié et que je vous proposes de lire. A tête reposée.

Le débat est publié par Le nouvel observateur dans son édition du 1er au 7 octobre 2009 : http://hebdo.nouvelobs.com/hebdo/parution/p2343/articles/a409987-.html

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MessageSujet: Re: De l'Amour   Mer 7 Oct - 11:57

Le Nouvel Observateur/France-Culture. - Comment survivre au paradoxe amoureux, à l'injonction de répondre à deux aspirations contradictoires : entrer en symbiose avec l'autre tout en restant maître de sa vie ?


Pascal Bruckner. - Pour le comprendre, il faut revenir à une invention récente, le mariage d'inclination, lui-même issu de la révolution sentimentale qui a gagné l'Europe à partir du XVIIIe siècle et qui a fait de l'affection le ciment de la cellule conjugale et familiale. Ce type de mariage s'effectue pour des raisons d'attirance, et non plus simplement d'intérêt ou de transmission. Il suppose une relative égalité des partenaires. Le terme de «partenaires», Robert Musil le notait, apparaît au début du XXe siècle en lieu et place de «mari et femme». C'est dire que l'union amoureuse ressort maintenant non pas seulement du sacrement mais aussi du contrat, avec ce que cela suppose de calcul économique, de revirement. Les affaires de coeur ressortent souvent des affaires tout court et, dans beaucoup de couples, le retour sur investissement doit être maximal. L'équation contemporaine, c'est la volonté de faire tenir deux choses incompatibles : la liberté de chacun et la solidarité que suppose cette forme d'union. L'amoureux moderne est un être qui parle le double langage de l'attachement fatal et de la libre disposition de soi. Il veut se fondre dans l'autre et se reprendre à tout instant. La nostalgie d'un lien fort va de pair avec une peur panique de l'incarcération conjugale. De là ce ballet d'engagements passionnels et de retraites précipitées qui caractérise les romances actuelles, de là ce jeu avec le mariage qui diminue comme institution, mais non comme idéal, et se décline désormais dans ses multiples avatars light, union libre, concubinage, pacs... On en veut tous les avantages moins les conséquences. En d'autres termes, l'amour est une aventure dont on ne veut pas se priver, à condition qu'elle ne nous prive d'aucune autre aventure. A condition aussi qu'elle n'entrave en rien la carrière, la réussite de chacun, l'homme et la femme étant de nos jours des êtres presque à part égale, puisqu'une majorité de femmes travaillent et sont financièrement indépendantes. Mais le paradoxe amoureux, c'est aussi le paradoxe même de l'existence, le conflit entre la verticalité d'un désir, d'une passion, d'une recherche d'absolu face à l'horizontalité du temps qui passe et de la prose des jours qui relativisent nos sentiments les plus forts.

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MessageSujet: Re: De l'Amour   Mer 7 Oct - 11:58

Sylviane Agacinski. - Oui, il y a dans l'amour une volupté de l'abandon qui se heurte à la passion de l'autonomie, qui est peut-être aujourd'hui plus forte que jamais. L'autonomie, ça veut dire que le sujet veut rester souverain, maître de lui- même, maître de sa vie, et ça n'est pas très compatible avec la volupté de l'abandon. Mais ce n'est pas une symbiose ou une fusion. Je n'ai jamais compris qu'on ait pu comparer l'amour à un désir de fusion. Je ne comprends même pas ce que ça peut vouloir dire dans la mesure où le désir amoureux est le désir de jouir de l'autre en tant qu'autre, c'est-à-dire de maintenir cette altérité. Sinon, évidemment tout s'effondre. Mais il me semble que le paradoxe amoureux se déroule en deux temps. Le premier temps, c'est celui de la «catastrophe amoureuse», de la chute : je tombe amoureux, je suis perdu, déstabilisé, blessé. L'amour est toujours une aliénation. Levinas dit très justement : aimer, c'est être «désarçonné». L'image est formidable : le sujet souverain est stable, il est sur son cheval, si vous voulez, il voit les autres de haut et, amoureux, il est désarçonné. Levinas avait compris, en regardant des sculptures de Rodin, que ce qui fait le sujet, ce n'est pas l'intériorité, c'est la base. Donc, dans la chute amoureuse, le sujet est perdu. D'où la question : peut-on s'installer dans l'amour ? Evidemment non, pas dans sa forme vertigineuse. Ce qui fait le couple - marié ou pas -, c'est la vie ensemble. Alors, si l'autre est à la maison, chez moi, d'une certaine manière, on retrouve une stabilité. Mais la familiarité, c'est le risque absolu du désamour : proximité et promiscuité, perte de la distance et du lointain qui fait d'une certaine manière la magie de l'amour. Quelles sont les issues possibles ? Ou bien le retour des deux ego à eux- mêmes, et c'est la rupture; ou alors, solution assez fréquente, mais pas très gaie, la réduction des deux à l'un : il y en a un qui est satellisé par l'autre, «bouffé» par l'autre, si j'ose dire. La solution éventuelle pour que ça marche, c'est de garder le deux en tant que deux. C'est-à-dire la distance, l'éloignement, éviter le trop près. Il me semble que c'est ça la chance de la vie à deux.

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MessageSujet: Re: De l'Amour   Mer 7 Oct - 11:59

N.O./F.-C. - Croyez-vous à la possibilité de l'amour heureux ?


P. Bruckner. - Le vers d'Aragon «il n'y a pas d'amour heureux» est aussi beau que faux. Tant qu'il dure, l'amour ne peut être qu'heureux, quelles qu'en soient les vicissitudes. Le fait qu'une histoire finisse un jour n'entache en rien la qualité de son déroulement, l'intensité des liens qui se sont noués tant qu'elle durait. Nous subissons en littérature ou dans la chanson un pathos du sentiment malheureux. Une sorte de romantisme à la petite semaine qui voudrait condamner l'amour à la déchéance, à l'incommunicabilité. C'est si peu vrai qu'on voit la plupart des êtres, à peine sortis d'une histoire tourmentée, se précipiter tête baissée sous le joug d'une nouvelle passion. Il y a de la douleur dans nos amours, mais c'est une douleur euphorique, intolérable autant que délectable, une angoisse génératrice de jouissance. La passion est peut-être vouée à l'infortune; c'est une infortune plus grande de n'être jamais passionné. Enfin, si la moitié des mariages se termine par un divorce, cela veut dire que l'autre moitié ne juge pas utile de se séparer. Sont-ils heureux pour autant ? S'ils restent ensemble, c'est qu'ils trouvent à leur union plus d'avantages que d'inconvénients.

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MessageSujet: Re: De l'Amour   Mer 7 Oct - 11:59

N. O./F.-C. - Sylviane Agacinski, vous écrivez dans «le Drame des sexes» que le rapport entre les sexes a forcément une part dramatique, qu'il y a de l'ombre et de la lumière indissociables dans l'amour Vous écrivez même cette phrase : «Le rapport à l'autre sexe est nécessairement frappé de malédiction.»


S. Agacinski. - Là, je faisais allusion à la tragédie, à ce que l'amour peut avoir de fatal. Il y a quelque chose d'immémorial et qui revient toujours : le vertige amoureux et la passion ne durent pas. Ce qui ne veut pas dire qu'un certain bonheur a deux ne puisse pas durer. Il y a aussi une malédiction qui tient à l'époque. Dans les périodes où le mariage devait durer toujours, le couple était contraint de rester uni en dépit du désenchantement - comme ces couples qui m'ont tellement passionnée dans les oeuvres de Strindberg, d'Ibsen ou de Bergman -, et par là condamné au drame. Les ego enfermés ensemble entrent en rivalité et c'est la guerre. La haine prend alors la place de l'amour. Comme dit Strindberg, la haine est la doublure de la robe. Aujourd'hui, on a moins affaire à cette fatalité-là, on a moins la guerre conjugale telle qu'elle a pu se déchaîner notamment au XIXe et au début du XXe, attisée par la libération des femmes. Mais on a aujourd'hui, à l'inverse, la tentation de rompre pour recommencer sans arrêt et retrouver la magie des commencements. Entre les deux, il y a peut-être d autres metamorphoses de l'amour qui donnent une certaine stabilité à une relation, c'est-à-dire à une élection, à une rencontre très singulière qui mérite de durer.

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MessageSujet: Re: De l'Amour   Mer 7 Oct - 12:00

N.O./F.-C. - Presque deux générations après la libération sexuelle, qu'ont gagné les hommes, qu'ont gagné les femmes, qu'ont-ils perdu ?


P. Bruckner. - On a gagné une chose évidente : on a ouvert les portes de la prison. Moi qui ai connu les deux états, la famille traditionnelle d'avant 1968 et celle de maintenant, je n'hésite pas un instant. C'est mieux aujourd'hui, même si c'est plus compliqué. Les relations ne sont pas devenues plus sereines, mais elles sont plus intéressantes. D'abord nous n'avons plus de patriotisme viril à défendre. Le sort des hommes autrefois, qui oscillait très souvent entre le bordel, les maîtresses et une femme acariâtre qui leur en voulait de ne pas pouvoir satisfaire ses aspirations, n'était pas forcément enviable. Il est plus stimulant pour nous d'avoir des compagnes cultivées, qui travaillent et sont avant tout des interlocutrices. Je rappellerai le mot merveilleux de Milton : «Un bon mariage, c'est une conversation assortie et heureuse.» C'est la plus belle définition de la félicité conjugale. Une fois passé les tempêtes physiques et les coups de foune tient que parce qu'il est capable d'établir un monde commun à travers le dialogue, fût-il violent. Après tout, la scène de ménage, c'est une certaine manière de réveiller une relation qui s'avachissait. En revanche, nous avons perdu la sécurité de l'ancienne division. Lorsque j'entends des femmes se plaindre que les vrais hommes ont disparu, ou les hommes affirmer qu'ils ont été floués, je me dis que les uns et les autres regrettent l'ancien partage des rôles, qui était peut-être injuste, mais avait au moins le mérite de la clarté : dis-moi qui tu es afin que je sache qui je suis. Les femmes reprochent aux hommes d'être devenus ce qu'elles voulaient qu'ils deviennent, c'est-à-dire des papas poules, des êtres aussi gentils qu'insignifiants. Elles disent : cet homme n'assure plus, c'est une chiffe molle sans ambition. Les hommes en veulent aux femmes d'être à la fois si affranchies et si traditionnelles, de vouloir les égards, la galanterie mais aussi l'indépendance. La lente désintégration du système patriarcal a entraîné une crise de la masculinité autant qu'un apprentissage douloureux pour les femmes de leur toute nouvelle liberté. Etre un homme ou une femme ne va plus de soi- même si la division sexuelle n'est pas moins énigmatique qu'auparavant. Nous ne verrons pas la fin de la discorde entre les sexes, mais il est captivant de vivre ce moment de vacillement des identités.

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MessageSujet: Re: De l'Amour   Mer 7 Oct - 12:00

S. Agacinski. - Ce qui est vrai, c est que l'imaginaire évolue peut-être plus lentement que certaines formes de libération et de pratiques. Par exemple, on voudrait que les hommes partagent les tâches ménagères mais, d'une certaine manière, on n'aime pas ça. Il y a là une image qui ne va pas bien avec celle de l'homme. Inversement, la femme qui travaille, la femme active, qui a des responsabilités (encore plus si elle a des pouvoirs), donne l'impression qu'elle perd des traits de son ancienne féminité. Il y a des décalages entre ces vieilles images de l'homme et de la femme et ce qu'ils font et sont actuellement. Quant à la libération des moeurs, elle tient d'abord à des conquêtes extrêmement importantes, qui sont des conquêtes économiques, et à l'accès, pour les femmes, à de nouveaux droits, dans tous les domaines. Il ne faut pas oublier que les femmes ont été très longtemps juridiquement des mineures, dans la famille comme ailleurs. La libération a donc été surtout la libération des femmes. Parce qu'en ce qui concerne les moeurs, les hommes, il faut bien le dire, n'ont pas eu tant que ça à se libérer. Ce qu'ils ont gagné, en revanche, ce sont des compagnes et des interlocutrices beaucoup plus libres, des femmes indépendantes. Et c'est cette indépendance-là (notamment économique) qui les a rendues sexuellement indépendantes, sans parler de l'essentiel qui est la contraception et l'IVG. C'est tous ces acquis et ces progrès qui ont fait la libération des moeurs. Maintenant, sur ce qui est gagné ou perdu, y a-t-il quelques bémols ? Massivement, il n'y a eu que des bénéfices. La libération du désir, c'est très important. Le désir sexuel, c'est une part tout à fait essentielle de l'existence et de la liberté. On ne peut nier cependant qu'à travers la contraception le désir d'enfant a été, chez beaucoup de femmes de ma génération, laissé entre parenthèses. Du coup, quand il a cherché à s'exprimer, il était trop tard. Ensuite, il y a eu le sida, moment de freinage de la libération sexuelle. Quant aux moeurs domestiques, il y a encore ce poids des tâches ménagères qui continue essentiellement de peser sur les femmes, qui ne veulent plus être seulement des «femmes d'intérieur», comme on disait dans le temps. Les hommes, ça les amuse moyennement. Heureusement, ce qui sauve la situation, ce sont les techniques, les appareils ménagers. Sans les machines, le couple aurait explosé.

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MessageSujet: Re: De l'Amour   Mer 7 Oct - 12:03

N.O./F.-C.-Au sein du couple, la question de la différence - accepter que la différence existe, ne pas penser l'égalité parfaite - pose une question politique. Le désir démocratique d'une relation amoureuse qui soit réciproque et égalitaire peut-il être réaliste, si on accepte cette différence ?


S. Agacinski. -J'aurais tendance à répondre : franchement non. Tout simplement parce que l'amour n'a rien à voir avec la démocratie, ce n'est pas du tout de cet ordre. Ne serait-ce que parce que l'amour, et disons le désir amoureux, c'est un désir risqué. Il n'y a pas d'assurance. On ne peut pas être assuré ni d'être aimé, ni d'être désiré, ni d'être heureux. Il n'y a pas de droit à l'amour. La vie amoureuse va à l'encontre du besoin de sécurité, mais aussi d'égalité en démocratie. L'égalité dans la démocratie, c'est le fait que les citoyens peuvent être permutables, un vote en vaut un autre. Dans les sociétés démocratiques, les rôles peuvent s'échanger. Mais je ferai sur ce point une différence entre l'amour et le désir. Dans l'amour, il peut y avoir réciprocité : je t'aime, tu m'aimes, c'est le même sentiment et on peut dire qu'il y a de la réciprocité. Mais je crois que, dans les relations sexuelles amoureuses, dans l'érotisme, il n'y a jamais exactement réciprocité en raison de la dissymétrie des corps masculin et féminin et des dons, puisque dans le désir amoureux il y a du don mutuel, mais non pas exactement symétrique en raison de la dissymétrie des corps. C'est une dissymétrie évidente : pensez par exemple à l'érection masculine, ou au sperme, qui a vocation à sortir du corps masculin, ce qui n'est pas le cas de la semence féminine; pensez à l'intériorité du corps féminin, qui accueille, qui reçoit, sans parler de la gestation, de la grossesse, des seins, etc.. Tout ça fait que, dans des relations sexuelles amoureuses, ce qu'on se donne ou qu'on ne se donne pas, ce que l'on se refuse, ce n'est jamais exactement la même chose. C'est la raison pour laquelle il n'y a pas d'égalité au sens strict du terme. Il n'y a pas de symétrie ni de réciprocité exactes. Il existe d'autres relations qui ne sont pas réciproques ni démocratiques, celles entre parents et enfants.

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MessageSujet: Re: De l'Amour   Mer 7 Oct - 12:04

P. Bruckner. - L'amour, je suis d'accord avec vous, n'est intéressant que de ne pas être démocratique. C'est un sentiment archaïque, fait de peurs et d'espoirs infantiles, grandeur et cruauté mêlées. Telle est sa formidable ambivalence. Prenez la formule «je t'aime», c'est un serment, une déclaration, mais aussi une interrogation : et toi, m'aimes-tu ? C'est encore un placement : je place en l'autre mes affecte et je lui demande éventuellement de me les restituer avec intérêts. L'amour est à la fois don, transaction et parfois chantage. Dans la vie amoureuse la plus classique, à côté des moments heureux, s'inscrit la colonne des débits, des reproches. On le voit au moment des jugements de divorce quand les époux déploient une extraordinaire mémoire des griefs : à telle époque, à telle heure, tu m'as dit ceci; à telle autre, tu m'as fait cela : la noble passion se transforme en mesquine acrimonie, en sinistres bilans. Nous n'avons toujours pas trouvé la solution aux maux de l'amour, la jalousie, la possessivité, la méchanceté, l'infidélité, tout simplement parce qu'il n'y en a pas ! Cette matière in- disciplinable qu est 1 amour ne peut se prêter a la structure parlementaire. Il oppose un démenti flagrant à toutes les utopies de la justice ou de l'égalité puisque, être aimé, c'est toujours être préféré. Vouloir guérir l'amour de lui-même, de sa part d'ombre, comme l'ont tenté les modernes, de Jean-Jacques Rousseau à Wilhelm Reich, ce serait le stériliser. Toutes ces utopies, si elles s'appliquaient, auraient la gaieté d'une caserne. L'amour reste merveilleux de n'être pas réformable. Comme le bonheur, il est cette part de l'existence que nous ne maîtrisons pas.

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MessageSujet: Re: De l'Amour   Mer 7 Oct - 12:05

S. Agacinski. - Vous allez à mon sens un peu trop loin dans l'échange commercial. Mais l'exemple du divorce vous donne raison : au moment où l'on se quitte, oui, on fait les comptes. Mais en même temps, il y a dans l'amour quelque chose de plus contraire à l'esprit démocratique que le commerce, c'est le don. Parce que celui qui aime au sens le plus fort du terme se donne, s'abandonne presque au sens propre. Il confie son existence à l'autre. Cela peut être extrêmement dangereux, parce que si l'autre le lâche à ce moment-là, il s'effondre. Mourir d'amour, ça paraît fou. Quand le vertige de l'amour est passé, on se dit alors : comment cela a-t-il été possible ? Mais, dans la passion, on vit à corps perdu, parfois à vie perdue.

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MessageSujet: Re: De l'Amour   Mer 7 Oct - 12:06

Sylviane Agacinski

Philosophe, Sylviane Agacinski enseigne à l'EHESS. Elle a publié notamment au Seuil «Politique des sexes» et «Drame des sexes : Ibsen, Strindberg, Bergman», et récemment chez Flammarion «Corps en miettes».


Pascal Bruckner

Essayiste et romancier, Pascal Bruckner est notamment l'auteur du «Nouveau Désordre amoureux» (avec Alain Finkielkraut) et de «la Tyrannie de la pénitence». Il publie chez Grasset «le Paradoxe amoureux».

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MessageSujet: Re: De l'Amour   Aujourd'hui à 19:13

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